Catégorie : Autres – Others

  • Alerte aux inondations

    Alerte aux inondations

    La Conservation de la Nation Sud (CNS) a émis un avis de surveillance des inondations pour certaines parties de la région. Les Comtés unis de Prescott-Russell (CUPR) ont installé des panneaux de fermeture de route et de déviation dans certaines municipalités afin d’avertir les automobilistes que des sections de certaines routes de comté dans les zones de faible élévation peuvent être temporairement inondées.

    Les automobilistes qui traversent la municipalité de La Nation ou le canton d’Alfred-Plantagenet doivent être conscients des fermetures de routes et des déviations suivantes dans ces communautés en raison des inondations printanières.

    À La Nation, il y a des avertissements de fermeture de route pour : le chemin de concession 12, à l’ouest du chemin de comté 9 jusqu’à l’intersection du chemin Scotch River ; le tronçon du chemin River Bank, entre les adresses rurales 3930 et 2833 ; le chemin de concession 12, à l’est du chemin de comté 9 ; et le chemin Lefebvre.

    Dans le canton d’Alfred-Plantagenet, il y a des avis de fermeture de route et de déviation pour : le chemin de concession 4, d’environ 1100 mètres à l’est du chemin de comté 19 jusqu’à la route 16 ; le chemin de concession 7, d’environ un kilomètre à l’est du chemin Station jusqu’au chemin Saint-Jean ; le chemin de concession 9, du chemin Russell jusqu’à environ 1100 mètres à l’est du chemin Russell ; et le chemin de concession 10, d’environ 400 mètres à l’ouest du chemin de comté 19 jusqu’à la fin de la route.

  • Flood Watch warning

    Flood Watch warning

    The South Nation Conservation Authority (SNC) has issued a Flood Watch advisory for parts of the region. The United Counties of Prescott-Russell (UCPR) have set up road closure and detour signs in some municipalities to warn motorists that sections of some county roads in low-lying areas may be subject to temporary flooding.

    Anyone driving through The Nation Municipality or Alfred-Plantagenet Township should be aware of the following road closure/detour situations in those communities resulting from spring flooding.

    In The Nation there are road closure warnings for: Concession Road 12, west of County Road 9 up to the Scotch River Road intersection; on the section of River Bank Road, between rural addresses 3930 to 2833; Concession Road 12, east of County Road 9; and on Lefebvre Road.

    In Alfred-Plantagenet Township there are road closure and detour notices for : Concession Road 4 from about 1100 metres east of County Road 19 to Route 16; Concession Road 7, from about one kilometre east of Station Road to St-Jean Road; Concession Road 9, from Russell Road to about 1100 metres east of Russell Road; and Concession Road 10, from about 400 metres west of County Road 19 to the end of the road.

  • L’orientation scolaire professionnelle traine de la patte en francophonie minoritaire

    L’orientation scolaire professionnelle traine de la patte en francophonie minoritaire

    «En général, pour ce qui est de l’orientation scolaire professionnelle dans les écoles, on a gardé le même modèle que lorsqu’elle est apparue au début des années 1920, c’est-à-dire que c’était les enseignantes qui devenaient conseillères d’orientation», affirme André Samson, professeur titulaire à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa.

    Il souligne que quelques provinces ont essayé de resserrer l’accès au métier. Le Québec, l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick exigent désormais la maitrise, mais seul le Québec compte un ordre des conseillers d’orientation (OCCOQ).

    André Samson explique que les enseignants ontariens peuvent poursuivre des études à la maitrise à distance pour transitionner vers le métier de conseiller d’orientation, mais que les salaires n’étant pas plus élevés dans ce domaine qu’en enseignement, peu s’y aventurent.

    En 2014, le professeur a mené une étude auprès de 73 conseillers d’orientation de l’Ontario, qui a révélé que ceux-ci se sentent complètement incompétents pour la majorité des principales tâches qui leur incombent, d’après une liste rédigée par l’Association internationale d’orientation scolaire et professionnelle.

    «[Les conseilers d’orientation] ne savent même pas que ces tâches sont associées à leurs responsabilités. […] Elles dépendent beaucoup du directeur de l’école, qui va décider grosso modo de ce qu’elles vont faire», révèle le chercheur.

    Une transition qui devrait être facilitée par les conseillers d’orientation

    «La transition entre le secondaire et l’université est très difficile. Le taux de changement de programme touche 60-70% des étudiants, donc un étudiant qui va commencer un programme universitaire a 30% de chances de persévérer dans son programme», affirme André Samson.

    Selon lui, cela est surtout dû au fait que les Ontariens arrivent à l’université jeunes, contrairement à leurs voisins québécois qui peuvent passer par le cégep: «C’est un choc total! Dans le système scolaire secondaire en Ontario, les écoles [encadrent] les élèves […] quand tu arrives à l’université, c’est une autre paire de manches.»

    Il ajoute que l’adaptation au milieu universitaire n’est pas le seul problème: «Souvent, [les élèves] n’ont pas choisi un programme en prenant en compte qui ils sont, leurs aptitudes, leurs intérêts et leurs valeurs. […] Ils vont, la plupart du temps, aboutir dans des programmes qui ne correspondent pas du tout à leur personnalité. Ils sont alors abandonnés par les conseillères d’orientation et n’ont pas été accompagnés pour [choisir] un programme réaliste, qui corresponde à qui ils sont».

    Gillian Anderson, présidente de la Commission nationale des parents francophones (CNPF), raconte qu’à l’école de sa fille, en Alberta, il y «a une conseillère d’orientation qui vient un demi-jour par semaine pour desservir 38 élèves. Des 38 élèves, il y en a 25 qui s’intéressent à poursuivre des études au postsecondaire. Le 11 janvier, elle a été capable de rencontrer seulement 8 de ces 25 élèves. Ça fait pitié, ce n’est pas acceptable».

    «Rendu au mois de janvier, si tu n’as pas fait d’application à l’université et que c’est un programme assez populaire ou avec beaucoup de concurrence, tu n’as aucune chance. Nos élèves ont un désavantage parce qu’on n’a pas les ressources pour les soutenir», déplore encore Gillian Anderson.

    «Lorsque le Campus [Saint-Jean] n’est pas capable d’offrir les cours [désirés], où d’autre les élèves peuvent-ils aller chercher leur éducation en français? C’est à qui d’informer nos jeunes? […] Ça prend quelqu’un de vraiment informé, formé, disponible quasiment à temps plein dans chaque école pour s’assurer que nos jeunes reçoivent les informations», conclut la présidente de la CNPF.

    La fierté francophone, un moteur puissant

    André Samson remarque que «la place de la francophonie est importante dans l’ensemble de la vie de l’école. Les écoles de langue française de l’Ontario que j’ai visitées font beaucoup d’efforts pour construire l’identité ethnolinguistique de leurs élèves».

    Encourager les études en français après le secondaire ne fait toutefois pas officiellement partie du mandat des conseillers d’orientation. Comme le souligne André Samson, tout dépend de l’école et de sa direction.

    Dans un billet publié sur OrientAction, un blogue dédié au domaine du développement de carrière au Canada, le chercheur déclare qu’après 15 ans de recherche, une chose est sûre à ses yeux: «Plus un jeune est fier d’être francophone, plus il manifestera le désir de poursuivre ses études postsecondaires en français».

    La Commission scolaire francophone du Nunavut (CFSN) mise beaucoup sur le travail des conseillers d’orientation. Lors du forum citoyen sur le Nord organisé par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada dans le cadre des États généraux sur le postsecondaire francophone en situation minoritaire, sa directrice générale, Linda Leclerc expliquait qu’ils ont «une conseillère d’orientation qui agit auprès des élèves de 7e et 8e années. Le but des élèves est de prendre connaissance de soi».

    Par la suite, la conseillère peut aussi aider les élèves dans leurs choix de cours, à remplir des demandes de bourses ou encore à trouver l’établissement postsecondaire qui leur convienne.

    En parlant à d’autres parents, Gillian Anderson s’est rendu compte que la situation à l’école de sa fille s’étend aussi à d’autres écoles francophones. Elle connait des conseillers d’orientation du côté anglophone qui «sont très bien formés, très connaissants. Lorsque [les élèves] arrivent en 12e année, ils savent quoi faire».

    Elle aimerait que ce soit également le cas pour sa fille et pour tous les élèves francophones en milieu minoritaire.

  • Un jeu de nuances dans l’entente entre les libéraux et néodémocrates

    Un jeu de nuances dans l’entente entre les libéraux et néodémocrates

    L’entente pose une condition au NPD: les questions de confiance et de budget ne seront pas remises en cause, «notamment sur la politique budgétaire, les projets de loi visant l’exécution du budget, les budgets des dépenses et crédits», précise le document de l’entente.

    «Le NPD a garanti son soutien au gouvernement, ce qu’il faisait depuis les élections de 2019», assure Félix Mathieu, professeur de science politique à l’Université de Winnipeg.

    Mais le but de l’entente va plus loin: à l’exception de la majorité assurée aux libéraux sur les questions de confiance, le NPD obtient un accord pour faire avancer certaines de ses promesses électorales en Chambre.

    Le NPD veut s’assurer une position d’influence en Chambre

    L’entente contient:

    • la progression vers la mise en place d’un régime d’assurance-médicaments public et universel, à travers un meilleur système de santé ;
    • la révision de plusieurs conditions de vote ;
    • un travail sur la crise climatique ;
    • plus de logements abordables ;
    • l’amélioration de la condition des travailleurs ;
    • un régime fiscal plus équitable ;
    • la réconciliation avec les peuples autochtones.

    Ces cinq derniers thèmes se recoupent avec les promesses libérales. «On n’est pas en dehors de la vision libérale, on demeure en cohérence idéologique», assure Félix Mathieu.

    «Ainsi, en amont des travaux parlementaires, le NPD va s’assurer d’influencer l’agenda parlementaire présidé par le gouvernement. Jusqu’ici, le NPD tentait de le faire, mais c’était à la pièce, chaque fois qu’il y avait un projet de loi sur la table», affirme le professeur.

    Pour ce dernier, le NPD s’assure donc une «prise plus substantielle» sur ces sujets. «Mais c’est une lame à double tranchant. Il court le risque de devenir insignifiant aux yeux de plusieurs électeurs de tendance modérément progressistes, qui pourraient être tentés de voter pour l’un ou l’autre des deux partis aux prochaines élections. À quoi bon accorder sa voix au NPD, pourquoi ne pas voter pour l’original plutôt que la copie ?», ajoute-t-il.

    L’autre risque est la dilution de son identité partisane, avance Félix Mathieu. «Le NPD revendiquera certaines victoires législatives, mais il aura aussi les mains liées parce que pour critiquer le gouvernement aux prochaines élections, ils ne pourront pas dire qu’ils pourront faire mieux que les libéraux alors qu’ils ont travaillé avec eux», évalue-t-il.

    Des «munitions» aux conservateurs 

    Les conservateurs ont déploré un «mauvais jour pour les Canadiens, qui se réveillent aujourd’hui avec un gouvernement libéral-néodémocrate. Ils ont la majorité», a déploré Candice Bergen, cheffe intérim du Parti conservateur, en réaction à l’entente.

    Félix Mathieu tempère: «On n’est pas au niveau d’un gouvernement de coalition.» Selon lui, l’entente n’empêche pas le chef du NPD de demeurer une entité distincte.

    Un argument répété par le chef néodémocrate: «Ce n’est pas une coalition, nous ne faisons pas partie du gouvernement de Justin Trudeau, il ne nous a jamais fait une telle proposition et franchement, nous n’aurions jamais accepté. Nous restons un parti indépendant, et je resterai critique de son gouvernement», s’est défendu Jagmeet Singh.

    Mais cette entente a donné des munitions aux conservateurs, ça va leur permettre de pointer du doigt les libéraux en assurant que ce sont des gauchistes qui s’allient avec le NPD et ainsi se revendiquer comme les seuls capables d’être plus modérés, explique encore Félix Mathieu.

    Toutefois, selon lui, les conservateurs doivent être prudents, car ils développent l’argumentaire de «l’affront à la démocratie canadienne», affirmant que ce n’est pas ce pour quoi les gens ont voté.

    «Leur base partisane est attachée aux traditions parlementaires britanniques, dans lequel rien n’empêche ce type d’entente. La formation du gouvernement ne relève pas de l’électorat, mais des parlementaires, une fois que les élections sont passées. Si les conservateurs insistent trop sur cette ligne, ils pourraient se le faire reprocher par leur base électorale, mais aussi à l’interne, par des personnes qui y verraient une incompréhension du système qu’ils souhaitent défendre», observe Félix Mathieu.

    Les langues officielles hors de l’entente

    Alors que le NPD a cherché une «manière d’exister davantage», comme le mentionne le professeur, Justin Trudeau a profité de l’annonce pour rappeler quelques-unes de ses réussites depuis son élection. Il a notamment parlé des ententes conclues avec les provinces pour les services de garde d’enfants, qui fait aussi partie de l’entente entre les deux partis.

    Pour les francophones issus des communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM), il manque toujours des clauses linguistiques ou un flou demeure dans plusieurs provinces.

    Interrogé sur l’absence de mention des langues officielles dans l’entente, le chef du NPD Jagmeet Singh précise : «Cette entente est un moment pour utiliser notre pouvoir pour avoir des résultats, mais ça ne reflète pas toutes nos priorités. On va continuer de travailler fort sur les autres enjeux [qui] ne sont pas dans cette entente, comme les langues officielles et l’importance d’améliorer l’accès aux services en français. Ça reste une priorité pour nous, ça ne dit pas que nous laissons ce sujet de côté.»

    À la suite de quoi le chef a assuré qu’en cas de désaccord absolu avec le Parti libéral avant juin 2025, date d’expiration de l’entente, il pourra retirer son appui. «Mais je veux commencer dans ce chemin avec une bonne volonté. On veut que ça fonctionne, car c’est une question de livrer la marchandise pour les gens.»

  • Plan de nettoyage de printemps pour La Nation

    Plan de nettoyage de printemps pour La Nation

    Daniel Desforges, gestionnaire de l’infrastructure environnementale, a présenté au conseil de La Nation les lignes directrices du programme annuel de «collecte des gros articles». Au cours de la semaine du 25 au 29 avril, les résidents pourront mettre certains types d’articles de rebut sur le bord de la route pour qu’ils soient ramassés et éliminés au dépotoir municipal.  

    Les résidents doivent déposer leurs articles de rebut sur le bord de la route avant 7h, le 24 avril. Il n’y a pas d’horaire précis pour les patrouilles du camion de collecte pendant la semaine du 25 au 29 avril, et il n’y aura pas de retour pour d’autres collectes une fois qu’un quartier aura été coché sur le calendrier.  

    Les objets métalliques ne sont pas acceptés dans le cadre du programme de collecte gratuite. Les camions utilisés pour la collecte ne sont pas équipés de matériel de compactage pour broyer les gros objets. Les résidents peuvent apporter les articles métalliques aux sites d’enfouissement pour les déposer gratuitement. Le personnel peut alors examiner tous les articles en métal pour déterminer si c’est recyclable.  

    Les articles ne doivent pas peser plus de 100 livres. La quantité totale d’articles de rebut laissés pour la collecte ne doit pas dépasser la capacité de charge d’une boîte de camionnette.  

    Les directives de collecte seront affichées sur le site Web de la municipalité. Les articles acceptés pour la collecte sont les suivants : vieux meubles, matelas et sommiers, meubles de patio, barils ou réservoirs d’eau vides, articles de décoration et cadres, jouets en plastique, miroirs, verre placé dans une boîte, contenants de peinture vides et ouverts sans leur couvercle.  

    Tout type d’article qui utilise un liquide de refroidissement, comme un réfrigérateur de mini-bar ou un climatiseur, doit être vidangé par un professionnel et porter une étiquette indiquant que le liquide a été vidangé.  

    Les articles interdits à la collecte sont les suivants: les ordures ménagères et les déchets alimentaires, les déchets commerciaux ou industriels, les produits chimiques inconnus ou les déchets biologiques, les matières explosives, les articles pouvant contenir des PCB, les déchets de construction ou de rénovation, les rouleaux de moquette, les carcasses d’animaux ou les excréments d’animaux ou d’humains, les articles contenus dans un sac à ordures en plastique vert ou noir.  

    Les vieux pneus, les tontes de gazon et autres déchets organiques de jardin, ainsi que les articles électroniques et électriques ne sont pas acceptés pour la collecte gratuite. Ils peuvent être apportés au site d’enfouissement municipal pour y être déposés gratuitement. 

  • Si la tête de Luc Chénier est ici, son cœur est en Ukraine

    Si la tête de Luc Chénier est ici, son cœur est en Ukraine

    Comment Luc Chénier, le jeune homme originaire d’Alexandria que vous étiez, a-t-il fini par se retrouver en Ukraine?

    Je pense que c’est normal pour bien des jeunes Canadiens d’avoir le goût de l’aventure pour aller voir le monde. Je suis d’abord allé travailler dans l’Ouest canadien où j’ai passé sept ans. J’ai travaillé en publicité pour des clients comme SaskTel, les Rough Riders de la Saskatchewan et un matin en me réveillant, j’ai eu envie de voir le monde. Alors j’ai reçu quelques offres de travail et du même coup dans mes voyagements, j’ai rencontré un gars en publicité qui venait de l’Ukraine. Il m’a invité à aller passer quelques semaines en Ukraine et j’ai vu que c’était un très beau pays. Alors je me suis rendu à Kyiv et j’y suis resté pendant 22 ans. Je suis tombé en amour avec le pays, la société, la culture.   

    Et le défi d’apprendre la langue du pays? Un défi oui, mais la langue je l’ai apprise peu à peu, sans compter que j’ai été un bon prof d’anglais, ce qui fait que beaucoup d’Ukrainiens et de Russes peuvent maintenant parler l’anglais grâce à moi.  

    Alors, quand avez-vous commencé à travailler pour le Kyiv Post?

    Mon premier tour avec le Post c’était en 2016 comme directeur, ce que j’ai fait pendant deux ans, jusqu’en 2018. Mais après avoir réalisé qu’un journal ce n’était pas ce que je voulais vraiment faire, je suis retourné en publicité. J’avais des contacts et des clients ukrainiens, canadiens et américains. Donc, j’ai laissé le Kyiv Post après deux ans, mais en bons termes. Puis pendant trois ans, le nouveau propriétaire du journal m’appelait une fois par mois pour m’implorer de revenir. Mais en novembre, lorsque les tensions avec la Russie ont commencé, le proprio m’a relancé encore et cette fois là, j’ai dit oui à condition d’avoir carte blanche sur le contenu du journal, sans interférence des propriétaires. Ça n’a pas été facile parce qu’il fallait tout reconstruire, établir un nouveau modèle d’affaires, faire de gros changements dans le personnel. Mais en janvier, tout allait comme sur des roulettes, l’argent rentrait, la nouvelle équipe fonctionnait à merveille. Par contre les tensions avec la Russie devenaient inquiétantes si bien qu’on me disait: « Ça fait huit ans que ça dure, il faut que tu partes pour ta sécurité. » Moi, ma réaction était de dire que c’est juste du bluff. Mais en février, le Pentagone m’a appelé une couple de fois pour me dire que j’étais devenu une cible, comme directeur d’un journal indépendant.  

    Vous publiez uniquement en anglais. Y a-t-il un marché pour ça en Ukraine?

    Oui, mais un très petit marché constitué essentiellement de plus d’un millier de compagnies anglophones, de toutes les ambassades et du gouvernement ukrainien. Mais notre marché, ce n’est pas l’Ukraine. Quatre-vingts pour cent de nos lecteurs sont à Washington, New York, Toronto et à Londres. Parce qu’eux ils veulent savoir ce qui se passe en Ukraine. Parce que l’Ukraine est une région stratégique entre la Russie et l’Europe. De plus, il y a la diaspora ukrainienne de presque 20 millions de personnes, dont 1,400,000 au Canada. Le marché international c’est notre gagne-pain. 

    Le tirage du Kyiv Post, c’est combien de copies?

    Le journal version papier comme telle, c’est uniquement pour la ville et pour les ambassades. Donc un tirage de 7 000 à 10 000 copies maximum. Notre vrai marché c’est en ligne avec plus d’un million d’impressions par jour, à cause de la guerre. Donc le Kyiv Post est petit, mais il est immense en même temps. 

    Et cette invasion russe, comment vivez-vous ça personnellement?

    Personnellement je prends ça quand même assez dur. Imaginez que le Canada a un désaccord avec les États-Unis. Tout à coup, les Américains commencent à poster toute leur armée le long de la frontière. Puis un bon matin, vous vous faites réveiller par des bombes qui explosent un peu partout et près de chez vous, avec des missiles qui tombent à Ottawa, Toronto, Régina, Vancouver, Montréal. Un missile qui détruit complètement le Chateau Frontenac. Ce n’est pas réel hein? Mais c’est ça qui se passe à Kyiv maintenant. Moi je n’envisageais pas de partir quand j’ai appris que les ambassades déménageaient ailleurs, je me suis dit ah, ils exagèrent. Mais ce matin-là, à 5h18 le 24 février, lorsqu’un missile a frappé près de chez nous dans un aéroport, tu sautes de ton lit parce tout tremble et que ça fait un bruit d’enfer. Heureusement nos bagages étaient déjà prêts parce qu’on devait partir au Canada pour deux mois. Puis nous sommes partis pour un voyage qui aura duré 17 jours avant d’atterrir à Montréal-Trudeau. 

    Pour le moment vous logez temporairement chez une de vos sœurs à Hawkesbury. Quels sont vos plans pour la suite des choses? 

    J’ai déjà commencé à chercher d’abord à Ottawa et maintenant à Montréal, où ce serait mieux pour ma femme qui est ukrainienne. L’énergie qui règne à Montréal est quasi semblable à celle de Kyiv, d’autant plus qu’il y a là une importante communauté ukrainienne.   

    Vous continuez, malgré la distance à diriger le Kyiv Post. Comment est-ce qu’on fait ça diriger un journal d’aussi loin?

    C’est facile et pas facile en même temps. C’est qu’on a tous appris à travailler à distance avec la pandémie. C’est la même chose. Mon équipe est complètement éparpillée dans le sud, dans l’est, en Espagne, en Hongrie. Tout se fait en ligne. Je parle avec tous mes journalistes, avec mon rédacteur en chef chaque matin, ma comptable, mon associé qui s’occupe de l’administration et avec mon patron, celui qui est propriétaire du journal. Nous avons décidé de donner à nos forces armées ukrainiennes tous les profits que nous réalisons avec nos ventes de publicité. 

    Est-ce que vous comptez retourner vivre à Kyiv éventuellement?

    Vivre je ne sais pas. Parce que maintenant ce n’est plus le même pays avec tous les bombardements qui ont semé la destruction. Mais il faut connaître le peuple ukrainien. Tu peux tout écraser, mais tu ne peux pas écraser l’âme de ce peuple. Ils vont reconstruire et ce sera beaucoup mieux qu’avant cette guerre. Les Ukrainiens savent comment se battre pour la démocratie. C’est un exemple pour le reste du monde.  

    Malgré le refus des membres de l’OTAN en Europe, au Canada et aux États-Unis, le président Volodymyr Zelenski continue de réclamer une zone d’exclusion aérienne, le fameux No Fly Zone, pour éviter une escalade du conflit. C’est quoi votre opinion là-dessus? 

    Ce qui me fait mal c’est quand je les entends. Je me dis que l’OTAN, ça ne sert plus à grand-chose. Ils ont des armes, mais ils ont peur de tout faire. Je trouve que c’est honteux de voir un autre pays en 2022, à part 1941, de voir tous les jours à la télé toute une population se faire massacrer. Ce n’est pas humain du tout et ça démontre encore une fois que si tu n’es pas dans l’ouest, en Europe, au Canada, aux États-Unis, tu n’es une troisième classe de personne et que ta vie ne compte pas. 

    Pour envoyer l’argent pour appuyer la lutte des Ukrainiens contre l’invasion russe, il faut aller sur Cufoundation.ca.

  •  Champlain gives grants to community organizations 

     Champlain gives grants to community organizations 

    Champlain Township Council announced during itsregular meeting on February 10 that as part of its two grant programs, Community Grants and Community Facility Usage Grants, the township will be providing a total $46,685 in grants to various community organizations. 

    As part of the Community Grants program, the L’Orignal Old Jail will be receiving $8500, the Vankleek Hill Business and Merchant’s Association will receive $5000, and Patrimoine L’Orignal-Longueuil Heritage will receive $4,525. Ski-Vent-Clic, the Vankleek Hill Agricultural Society, and the Vankleek Hill & District Historical Society will all receive $4000 each. The Higginson Tower Committee will receive $3000 and the Arbor Gallery Cultural Centre will receive $2000. La Baie Run, the Vankleek Hill Sports Club, and Banque Alimentaire de L’Orignal will all receive $1000 each. The Vankleek Hill Skating Club will receive $995, and St. John’s Anglican Church for Women will receive $500. 

    In addition, the Community Facility Usage Grants program will provide $2100 to the Club l’amicale du village de L’Orignal. The Canadian Cancer Society-Russell Gauley Breakfast and the Vankleek Hill Fiddle and Dance Association will both receive $1,502, and Vankleek Hill and District Horticultural Society will receive $1,284. La Baie Run will receive an additional $488, and the Club du réveil Vankleek Hill will receive $289.  

  • Une langue sous surveillance

    Une langue sous surveillance

    Oui, la langue est sous surveillance. Le paragraphe ci-dessus, écrit dans un style oral, devrait déjà suffire à le montrer.

    À l’écrit, nous devons tenir compte de règles d’orthographe à n’en plus finir. Et déjà, dès que nous parlons, nous devons surveiller notre syntaxe, notre style, notre vocabulaire.

    Bien sûr, nous cherchons à nous faire comprendre. Mais il y a beaucoup plus en jeu que le sens.

    Le soin apporté au style, la plupart du temps, n’est pas vraiment une quête du mot juste pour rendre fidèlement une expérience ou une nuance, mais plutôt un moyen d’influencer la perception qu’autrui se fait de nous.

    On cherche à adopter un français dit professionnel; on se fait une idée d’un public constitué du «commun des mortels» (oui, on m’a déjà servi un tel argument); on se fait dire de «baisser le niveau» pour se faire comprendre; ou encore on souhaite montrer son appartenance à une classe, sa culture.

    Et on joue sur la croyance : on cherche à montrer de lfait preuve d’autorité, à créer, on crée un effet parmi auprès dule lectorat pourqui le pousser à croire ce que l’on lui dit;, on se permet de confondre style littéraire et expertise.

    Que l’on surveille ses mots, son style, sa grammaire ou encore son accent, il faut sans cesse être aux aguets. Or, à force de surveiller son parler, et aussi à force de se surveiller soi, plusieurs personnes ne se sentiront pas à l’aise dans bien des milieux.

    Elles se font reprendre, corriger, moquer d’elles. On leur demande de répéter, on commente leur accent. Autant de manières de leur faire sentir qu’elles ne sont pas les bienvenues.

    Comment expliquer la résistance aux changements linguistiques?

    La langue et l’idée qu’il y aurait des niveaux de langue contribuent à créer des relations d’autorité, de pouvoir et d’exclusion. La résistance aux changements ne devrait pas être surprenante. Ce n’est pas seulement que nous avons l’habitude d’un état de la langue, mais aussi que la langue renforce la position sociale de plusieurs.

    Tandis qu’il existe une réticence, ou même une résistance face aux transformations de la langue. On accepte aisément de  nouveaux mots (surtout s’ils ne proviennent pas de l’anglais, qui provoque de fortes réactions au Canada).

    On a aussi embrassé rapidement les pictogrammes dans la grammaire des messages textes, des échanges sur les médias sociaux ou encore des courriels dans certains contextes.

    Et si plusieurs publications – dont Francopresse – ont adopté la nouvelle orthographe, celle-ci demeure d’ambition limitée, et d’autres propositions plus transformatrices demeurent lettre morte.

    Il existe plusieurs projets de rénovation de l’orthographe et de la grammaire du français. On a ainsi beaucoup entendu parler d’une proposition en Belgique, qui semblait soutenue par l’État (ce qui n’était pas le cas), pour abolir l’accord du participe passé.

    La langue doit-elle être rationalisée?

    Certains projets sont plus ambitieux que d’autres. Il est toutefois important de s’attarder à la manière de présenter la révision de l’orthographe et de la grammaire.

    Il est souvent question de rationalisation, de rendre la langue plus rationnelle, plus logique. Il est sous-entendu par là qu’il n’existerait qu’une seule raison, qu’une seule manière de raisonner.

    Dire de telle langue qu’elle est n’est pas logique, c’est suggérer que nos mots doivent s’accorder à une manière de penser. Au contraire, il y a plusieurs façons d’expliquer ses manières d’agir, de penser, de parler.

    Au fil de l’histoire de la pensée à propos de la pensée, la parole des femmes, des enfants, des personnes décrites comme «folles» ou encore des membres d’autres peuples – surtout des peuples conquis ou mis en esclavage – a été présentée comme irrationnelle, non logique.

    Or, imposer une rationalité, ou une manière de penser, c’est limiter la force et la légitimité des autres. Et c’est exercer une domination.

    Il est aussi suggéré de ramener l’écriture aux seules formes françaises et d’éliminer les formes orthographiques héritées du grec, par exemple, ce qui mènerait à l’élimination des «ph» en faveur des «f».

    Mais cela suppose qu’une langue pourrait être un système clos, que les langues peuvent se distinguer et être séparées les unes des autres.

    Les langues ne sont cependant pas des organismes ni des règles pour un logiciel. Elles évoluent au fil des contacts et des usages, et elles dépendent de décisions faites par les locuteurs et locutrices et au sein des institutions qui les enseignent.

    La langue telle qu’elle est parlée

    Nous pouvons ainsi saluer les initiatives qui visent à saisir le fonctionnement de la langue française – ou faudrait-il plutôt parler des langues françaises?

    Il faut d’abord rappeler que les dictionnaires et les grammaires sont des travaux de particuliers ou de groupes ayant chacun leur public et leur vision de ce que devrait être le français.

    Ces ouvrages ne sont pas donc neutres; ils offrent tout simplement une perspective sur la langue.

    Mais la perspective est importante : les outils de référence nous dictent des manières de parler, d’écrire, de penser.

    Le dictionnaire Usito cherche à définir un français standard à partir de corpus littéraires dont le registre est dit soutenu ou neutre. Il devient évident qu’il y a à la fois la recherche des règles ou des logiques au sein de la langue écrite au Québec, mais aussi une valorisation du français tel qu’il est écrit ou parlé.

    Bien au-delà du Québec, le Dictionnaire des francophones laisse de côté la notion d’ouvrage basé seulement sur l’autorité, où des auteurs ou autrices auraient la légitimité de présenter la langue. Il privilégie plutôt une approche ouverte et collaborative que permet Internet dans bien des domaines.

    Ainsi des spécialistes parcourent des textes du monde entier pour relever les emplois des mots, mais les internautes peuvent également en rajouter, dépassant le cadre des textes écrits.

    L’ouvrage décrit l’usage, au lieu de le prescrire. Il pourra ainsi saisir comment la langue change d’un endroit à l’autre et au fil du temps. Mais bien sûr, l’initiative est ancrée en France, ce qui pourra en limiter la portée.

    Dans un même esprit qui voit le français comme un fait international et non une propriété de la France, la Grande Grammaire du français cherche à comprendre comment s’écrit et se parle le français dans le monde.

    En 2 628 pages et dans une version entièrement en ligne, cette grammaire présente suffisamment d’exemples pour mettre fin à l’idée que des usages sans cesse critiqués ne seraient «pas du français».

    Elle continue à viser une stabilisation et une clarification de la langue, mais elle reconnait que les usages du français demeureront différents selon les contextes géographiques et sociaux.

    Il y a donc des limites à toute transformation de la langue et à tout travail sur sa description.

    Et avec tout cela, il reste encore à parler des questions liées au genre et des tentatives institutionnelles de contrôler la langue, autant de sujets qui pourraient faire l’objet de prochaines chroniques.

  • Un nouveau contrat social entre le Québec et la francophonie canadienne

    Un nouveau contrat social entre le Québec et la francophonie canadienne

    «Nous, francophones, on ne doit plus avoir à choisir entre défendre le français au Québec et le défendre ailleurs au Canada». C’est ainsi que la ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel, a procédé à l’annonce de la nouvelle politique.

    Intitulée «Pour une francophonie forte, unie et engagée», cette politique est l’aboutissement de plusieurs années de travail avec de nombreux partenaires selon la ministre. «Ça traduit vraiment la volonté du gouvernement de faire rayonner notre langue dans toute la francophonie canadienne.»

    Le plan d’action sur trois ans, qui accompagne la nouvelle politique, comprend 75 mesures qui seront mises en œuvre par une vingtaine de ministères et d’organismes du gouvernement québécois.

    Parmi elles:

    • Afin d’entretenir un dialogue permanent entre les Québécois et les francophones d’ailleurs au pays, des rencontres annuelles de la francophonie canadienne seront organisées conjointement par le Centre de la francophonie des Amériques (CFA) et la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada. La première rencontre aura lieu à Québec les 9 et 10 mai prochain.
    • Le gouvernement québécois proposera à l’Assemblée nationale d’instaurer une «Journée de la francophonie canadienne» qui serait célébrée le 22 mars de chaque année, date choisie en raison de la date de naissance de l’écrivaine franco-manitobaine Gabrielle Roy.
    • Le Québec a fait l’acquisition du sceau «francoresponsable» et encouragera les organismes, entreprises et organisateurs partout au Canada à l’utiliser afin de promouvoir la langue et la culture à travers leurs services.

    La FCFA accueille favorablement la nouvelle politique du Québec. «Il y a vraiment, clairement, une volonté de rapprochement puis de solidarité», selon la présidente de la FCFA, Liane Roy.

    La FCFA se réjouit également que les actions en matière de francophonie ne seront plus l’apanage du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, mais engageront une panoplie de ministères et d’organismes gouvernementaux. «Les sociétés civiles (du Québec et d’ailleurs au Canada) ne se connaissent pas. Ça, c’est vraiment intéressant et vraiment bien», ajoute Liane Roy.

    Accueil au Québec de chercheurs franco-canadiens

    La nouvelle politique permettra à des étudiants des autres provinces et des territoires de poursuivre des études de deuxième et troisième cycles dans une université francophone du Québec grâce à l’octroi de bourses.

    Une mesure qui n’est pas sans rappeler l’intention du gouvernement Legault, incluse dans son projet de loi 96 sur la langue officielle et commune du Québec, d’offrir aux étudiants francophones du reste du Canada de payer, dans certains cas, les mêmes droits de scolarité que les étudiants québécois.

    En entrevue avec Francopresse, la ministre Sonia LeBel s’est voulue rassurante. «L’idée c’est d’avoir un réseau universitaire, un réseau phare où on va pouvoir soutenir les chercheurs en matière de francophonie. L’idée n’est pas du tout de siphonner ou de réduire le nombre d’étudiants, au contraire. On veut qu’il y ait de la mobilité dans les deux sens.»

    La question ne soulève pas beaucoup d’inquiétudes du côté de la FCFA. La présidente soulève cependant l’importance d’assurer un suivi des mesures de la politique québécoise. «Ce qu’on avait demandé à la ministre, c’était de mettre des mesures en place pour s’assurer que ça n’a pas l’effet qu’on ne veut pas avoir, c’est-à-dire la fragilisation de nos institutions», précise Liane Roy. «Il faudrait s’assurer qu’il y ait un comité de suivi qui puisse évaluer l’impact sur nos institutions.»

    Les fonds seront-ils suffisants?

    Le Québec investira 8 millions$ supplémentaires sur trois ans, soit le double du financement actuel, afin de mettre en œuvre la politique.

    Même si la FCFA salue le caractère ambitieux de la nouvelle politique, la présidente de l’organisme se demande si les fonds alloués, même doublés, seront suffisants. «La clé du succès, c’est la capacité de réaliser toutes ces actions. Est-ce que les moyens seront à la hauteur de leurs attentes?», se demande la présidente. «Le risque d’essayer de tout faire à tous les niveaux, sans les moyens nécessaires, on sait des fois ce que ça donne.»

    «J’ai confiance qu’on a sur la table ce que ça nous prend pour faire vivre ce plan d’action à son plein potentiel», rétorque la ministre LeBel, soulignant que plusieurs éléments du plan seront menés en partenariat. «Ce ne sont pas toutes les actions et toutes les intentions qui vont demander de gros investissements.»

    Mis à part ces préoccupations, la FCFA se dit plus que satisfaite de voir que le Québec s’engage à jouer son rôle de leadeurship en matière de promotion du français et de la francophonie.

  • Le président ukrainien demande «plus d’efforts» au Parlement canadien

    Le président ukrainien demande «plus d’efforts» au Parlement canadien

    C’est un Parlement comble qui a écouté le président Volodymyr Zelensky discourir du quotidien de la guerre en Ukraine. Le président a demandé aux Canadiens d’«imaginer» que Vancouver soit assiégée, que la «célèbre tour CN de Toronto soit frappée par des bombes russes».

    «Je sais que vous soutenez l’Ukraine. Nous sommes amis. Mais j’aimerais aussi que vous compreniez, que vous ressentiez ce que nous ressentons tous les jours», a plaidé Zelensky.

    Il a ainsi réitéré sa demande d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine, ce que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), dont le Canada est membre fondateur, se refuse à faire depuis des semaines.

    Le président ukrainien continue de demander «plus d’efforts». Le lendemain de son allocution devant le Parlement canadien, il s’adressait au Congrès américain avec le même but. Il a toutefois assuré avoir «tempéré» ses demandes d’adhésion à l’OTAN face au manque d’action de la part des pays membres de l’organisation.

    La «démagogie» de l’Occident

    Les conservateurs plaident que le Canada devrait accéder à la demande ukrainienne. Les autres partis sont plus réservés. 

    «Nous devons faire davantage avec nos alliés pour assurer l’espace aérien de l’Ukraine, le protéger au-dessus des corridors humanitaires afin que les Ukrainiens puissent s’éloigner des zones de guerre en toute sécurité et afin que l’aide humanitaire puisse atteindre les régions assiégées», martèle Candice Bergen, cheffe intérimaire du Parti conservateur.

    Une position contraire à celle de Justin Trudeau, qui d’après le professeur de science politique à l’École des hautes études publiques à l’Université de Moncton Roromme Chantal fait plutôt un éloge «touchant du président Zelensky. Il l’a tutoyé pour marquer la familiarité et a qualifié M. Zelensky de “champion de la démocratie”». Le premier ministre canadien a également réitéré le soutien du Canada à l’Ukraine.

    Au-delà du soutien financier, en armes et humanitaire «inébranlable du Canada» qu’a souligné le président ukrainien, le professeur Chantal estime que «les médias n’ont pas assez souligné la responsabilité de l’Occident dans la crise ukrainienne».

    Cette crise découle de trois choses, selon lui. Premièrement, de la volonté de l’OTAN se s’élargir à l’Est, «alors que Vladimir Poutine avait prévenu en 2008 qu’il s’y opposait», précise le professeur Chantal. Ensuite, il pointe du doigt la volonté de l’Union européenne de s’élargir à l’Est ainsi que la stratégie de promotion de la démocratie mise de l’avant par les États-Unis en Ukraine comme autant d’éléments déclencheurs qui ont entrainé la Russie à envahir le pays.

    «Aujourd’hui, quand l’Occident refuse la demande de M. Zelensky, c’est une attitude irresponsable. C’est de la démagogie vu que ces pays ont contribué à cette crise», appuie-t-il.

    Trouver un compromis

    Interrogée sur la demande de M. Zelensky au Parlement canadien, la ministre des Affaires étrangères canadienne, Mélanie Joly, a insisté sur l’aide financière et humanitaire et les armes envoyées par le Canada, qui «aident l’Ukraine à s’étendre, mais l’aident aussi à la table de négociations».

    Le professeur Chantal assure que ces aides servent plutôt «à retarder l’échéance, qui consiste ultimement à ce que Moscou finisse par prendre le contrôle du territoire. La question est de savoir l’utilité de cette aide face à une armée beaucoup plus puissante que l’armée ukrainienne».

    Le professeur concède que comme Moscou est une puissance nucléaire «presque égale» avec les États-Unis, l’équilibre est «difficile puisque l’intervention de l’OTAN pourrait signifier une Troisième Guerre mondiale».

    Pour lui, une solution existe : «Au lieu de continuer à pousser pour l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, n’aurait-il pas fallu que les dirigeants occidentaux envisagent un certain compromis avec Vladimir Poutine pour que l’Ukraine accepte un statut de neutralité sans renoncer au choix de la démocratie de l’Ukraine?»

    Au matin du mercredi 16 mars, l’Ukraine a refusé un tel compromis lors de négociations avec la Russie.

    «Deux poids, deux mesures» avec les réfugiés d’autres crises

    L’autre question posée à répétition aux responsables canadiens et ravivée par le discours de M. Zelensky est celle des réfugiés ukrainiens, dont le nombre a dépassé le seuil des 3 millions le 16 mars selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

    Le Canada comptait en 2016 plus de 1,3 million de Canadiens d’origine ukrainienne. Le gouvernement n’a pas précisé combien de réfugiés il prévoit accueillir, mais Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a créé une Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine qui sera accessible dès le 17 mars, plus de 20 jours après le début du conflit. Elle nécessite cependant un visa.

    Des procédures d’accélération pour les rapprochements familiaux sont aussi mises en place, mais les dossiers traités prioritairement sont ceux des citoyens et des résidents permanents. IRCC fait encore l’objet de critiques sur les délais de traitement des dossiers de résidence permanente.

    Le professeur Roromme Chantal critique surtout l’impression du «deux poids, deux mesures» au Canada «et [dans] d’autres pays occidentaux».

    «Ça fait seulement quelques mois que les Haïtiens ont été accueillis avec des chevaux de façon inhumaine à la frontière des États-Unis avec le Mexique. Ils ont essayé de fuir un pays où les États-Unis ont mis en place des dirigeants illégitimes et corrompus. Je n’ai pas entendu un tel élan de solidarité vis-à-vis des Haïtiens, qui sont pourtant un peuple voisin avec une très forte diaspora au Canada. Mélanie Joly a plutôt appuyé le gouvernement d’Ariel Henry, qui n’a aucune légitimité», déplore M. Chantal.

    Pour le professeur canadien, lui-même d’origine haïtienne, «c’est une grande hypocrisie des dirigeants européens. Le droit humanitaire voudrait qu’on aide les gens en difficulté. Je vois une mobilisation exceptionnelle autour de l’Ukraine et c’est à féliciter. Mais ça nous amène à poser la question: pourquoi n’y a-t-il pas une telle mobilisation pour d’autres populations qui ont besoin d’une aide similaire?»

    Le professeur pointe le «racisme, qui est à l’origine des politiques étrangères des puissances occidentales».