Elle pousse rapidement, elle peut produire de nombreuses graines, elle peut rester en dormance pendant une dizaine d’années et, surtout, elle affecte négativement les plans d’eau, comme la baie de Carillon à St-André-d’Argenteuil. La châtaigne d’eau est un véritable fléau dont il faut se débarrasser, une tâche plus qu’ardue.
Depuis 2020, le Conseil des bassins versants des Mille-Îles (COBAMIL) a été mandaté par le Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les Changements Climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) pour arracher la châtaigne d’eau dans la baie de Carillon. Il s’agit d’une tâche titanesque face à un ennemi qui se propage rapidement.
Originaire d’Asie, la châtaigne d’eau est une plante aquatique envahissante qui serait arrivée au Québec en 1998. C’est en 2013 qu’elle a été identifiée pour la première fois dans la baie de Carillon.
« Mais c’est dans les cinq dernières années que sa propagation a été exponentielle, explique Raphaël Goulet, directeur général du COBAMIL. Elle vient déloger les plantes indigènes, débalancer l’écosystème et nuit à la faune et à la flore locale. »
Selon lui, il y aurait actuellement 60 hectares de la baie qui seraient recouverts par un tapis de châtaigne d’eau. Poussant de manière très dense, cette plante bloque l’espace pour les autres plantes aquatiques en plus d’empêcher les rayons du soleil de se rendre au fond de l’eau. Les poissons ne peuvent plus s’y déplacer tandis que les oiseaux aquatiques, comme les canards, ne peuvent plus se poser à la surface. À l’automne, les tapis de plants meurent et vont se décomposer au fond de l’eau, où ils consomment toute l’oxygène.
En plus de pousser rapidement, les graines de châtaigne d’eau peuvent rester en dormance pendant une dizaine d’années avant de se mettre à pousser. Chaque plant peut produire entre 10 et 15 noix durant son existence.
Travail de longue haleine
Depuis 2020, le COBAMIL travaille à arracher la châtaigne d’eau de la baie de Carillon. Cette année, une dizaine d’employés de l’organisme oeuvrent en permanence pour retirer cette plante du plan d’eau. Depuis le début de cette quête et au terme de l’année 2024, ce sont 182,4 tonnes de châtaigne d’eau qui ont été arrachées de la baie. La quantité qui aura été retirée cette année ne sera connue qu’à la fin de la saison.
L’opération d’arrachage se fait présentement manuellement, ce qui demande beaucoup d’effort et de temps. Le COBAMIL possède une faucardeuse, sorte de moissonneuse pour plantes aquatiques, mais celle-ci a connu son lot de problèmes mécaniques qui en limitent son temps d’utilisation. Cependant, l’organisme vient d’installer un convoyeur industriel sur la rive de la baie pour faciliter le transbordement des plants arrachés vers un conteneur à déchet. Celui-ci sera envoyé au site d’enfouissement pour éviter que les graines de la plantes ne contaminent d’autres plans d’eau.
« C’est à peu près 200 000$ qui est mis dans ce projet chaque année, confirme monsieur Goulet. Lors de notre plus gros été, on a arraché environ 120 tonnes de châtaignes d’eau mais même avec cette quantité, ça ne représente qu’environ 20% du tapis qui existe dans la baie. Tant qu’on n’arrachera pas tout, on va en avoir pour une dizaine d’années encore [à faire ça]. »
Lors du passage de L’Argenteuil le 17 août dernier, malgré la pluie, une vingtaine de citoyens avaient répondu à l’appel du COBAMIL pour prendre part à une opération d’arrachage publique de la châtaigne d’eau, une activité que l’organisme tente de tenir annuellement.
« On veut sensibiliser les gens et créer un sentiment d’appartenance au projet, indique monsieur Goulet. Il y a beaucoup de riverains de la baie qui ne peuvent plus en profiter comme avant : certains ne peuvent plus mettre leur embarcation à l’eau et il y en a qui ne peuvent plus venir pêcher. »
Le directeur général s’est dit fier de la réponse du public à cette activité malgré la météo qui sévissait, mentionnant que cela servirait de motivation aux employés de l’organisme pour la poursuite de leur tâche.
Pour en savoir plus sur le COBAMIL et ses activités, visitez le cobamil.ca.









