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  • L’état des finances publiques fédérales n’alarme pas les experts

    L’état des finances publiques fédérales n’alarme pas les experts

    «On ne devrait pas s’inquiéter outre mesure des déficits malgré leur montant important», croit Trevor Tombe, professeur au Département d’économie de l’Université de Calgary.

    «On savait que ceux-ci seraient importants, et du reste, les dépenses étaient nécessaires pour soutenir les personnes et les entreprises affectées par la crise de la COVID-19», ajoute-t-il.

    «On devrait plutôt regarder le niveau de la dette par rapport à notre capacité de payer, donc la dette relative au revenu total du Canada, au PIB. Le ratio de la dette par rapport au PIB est une bonne mesure de ce fardeau, et il va chuter après cette année. [Selon les prévisions du gouvernement] il atteindra un pic de 51% en 2021 et puis déclinera graduellement par après. Ça veut dire que la dette fédérale est soutenable», explique Trevor Tombe.

    À lire aussi : Budget fédéral 2021: plus de 100 milliards$ pour assurer la relance

    Selon la professeure Geneviève Tellier, de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, «la plupart des experts-économistes disent qu’on a une marge de manœuvre, les taux d’intérêt sont très bas et ça ne nous coute pas cher d’emprunter. Les documents budgétaires démontrent d’ailleurs que le Canada demeure le pays du G7 le moins endetté».

    En 2025-2026, rappelle le fiscaliste Luc Godbout, de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, le budget ne prévoit qu’un déficit de 30 milliards$ – environ ce que le gouvernement libéral envisageait pour l’année 2019 avant la pandémie.

    «Donc [en 2025], on est grosso modo revenus au niveau de déficit que les libéraux jugent acceptable», souligne Luc Godbout.

    Il n’y a pas de quoi s’alarmer, pense le fiscaliste, mais il faut prendre acte du fait que la dette augmente : «Même si les taux d’intérêt sur la dette sont bas, on s’aperçoit que pour chaque dollar en revenu budgétaire que nous avons, cette année on consacre six sous pour payer les intérêts sur la dette. Dans cinq ans, on va être rendus à neuf sous. Ce n’est pas énorme, mais ça montre que si la dette s’alourdit, les intérêts à payer vont prendre une place plus importante dans nos revenus», ajoute-t-il.

    Trevor Tombe temporise quelque peu: dans les années 1990, le gouvernement fédéral dépensait plus du tiers du budget fédéral pour payer les intérêts sur la dette –quoiqu’à l’époque, les taux d’intérêt étaient substantiellement plus élevés.

    «Aujourd’hui, si on regarde jusqu’à la fin de l’horizon des prédictions, en 2025, on en dépensera moins de 10 %, ce qui est bas, historiquement. Le fardeau de cette dette publique est donc beaucoup plus léger qu’à la plupart des autres périodes de l’histoire canadienne.»

    Des risques à long terme?

    Le fait que le gouvernement ait substantiellement augmenté la proportion des obligations du Canada qui arrivent à échéance dans plus de 10 ans constitue une protection additionnelle d’après Luc Godbout, parce que cela permet au gouvernement de profiter de taux d’intérêt historiquement bas.

    Alors qu’avant la pandémie, seulement 15% des obligations émises par le Canada arrivaient à maturité en 10 ans ou plus, aujourd’hui c’est le cas 42% d’entre elles, expliquait la ministre des Finances, Chrystia Freeland, en conférence de presse le 19 avril.

    «À court terme, ça nous protège. Par contre à long terme, pour une génération future, quand toutes ces obligations-là devront être renouvelées, à quel taux le seront-elles et quels seront les impacts à ce moment-là?» questionne Luc Godbout.

    Une inquiétude que partage Geneviève Tellier : «La question, c’est qu’est-ce qui va arriver dans 10 ans? On est pas mal sûr que dans cinq ans, les taux d’intérêt n’augmenteront pas rapidement, parce qu’on va essayer de les garder bas. Mais dans dix ans, il y a plein de choses qui peuvent arriver, et c’est là qu’il y a de l’incertitude.»

    Un budget électoral

    Geneviève Tellier, de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, constate une saveur électorale particulièrement prononcée dans le budget fédéral de 2021: «Je vais citer une collègue, qui a dit ça hier : “Tout gouvernement minoritaire présente un budget électoral.” Mais celui-là est très électoral, il y en a pour tout le monde! Nommez un sujet, et il va être dans le budget. Il y a plus de 270 mesures, de nouvelles annonces. Il y en a pour tout le monde : les personnes à la retraite, les jeunes, les étudiants».

    Le gouvernement tente d’aider les Canadiens dans un contexte économique plutôt difficile, observe la politologue. «Mais en même temps, c’est du clientélisme parce qu’on ratisse très large et on va jouer dans les platebandes de tous les autres partis. Donc on essaie d’aller chercher des appuis avec ce budget-là.»

    101,4 milliards$ pour la relance

    «À chaque récession, rappelle l’économiste Trevor Tombe, le gouvernement procure du soutien fiscal pour faciliter la relance. Habituellement, ça prend la forme de dépenses en infrastructures […] Donc c’est entièrement naturel qu’il y ait des mesures qui facilitent la relance, que ce soit les programmes prévus ici comme l’énergie propre et la séquestration du carbone ou le financement des services de garde.»

    Dans les perspectives budgétaires du 31 mars, le directeur parlementaire du budget mettait en doute la nécessité d’avoir un plan de relance de cette ampleur, considérant que l’économie semble reprendre plus rapidement que prévu.

    Même si les circonstances actuelles justifient l’ampleur de l’intervention, la professeure Geneviève Tellier se demande si le gouvernement n’en fait pas trop. «On va injecter 101 milliards$ dans l’économie. Est-ce que l’économie est prête à absorber ces programmes? Est-ce qu’on a assez de travailleurs, est-ce qu’on a assez d’entreprises, de ressources pour le faire?»

    Le fiscaliste Luc Godbout, de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, souligne que plusieurs économistes avaient remis en question l’ampleur du plan de relance, notant qu’on ne pouvait prévoir la vigueur de la reprise, mais que la ministre Freeland avait indiqué préférer faire l’erreur d’en faire trop que pas assez.

    C’est une leçon apprise de la crise financière de 2008-2009, rappelle-t-il, où la plupart des pays ont arrêté leurs mesures de soutien fiscal avant que la reprise ne se réalise pleinement.

    «On a quand même l’impression que la reprise va se faire rapidement, parce que l’économie allait assez bien avant la pandémie. Donc le gouvernement a assuré un pont, en attendant que la pandémie soit passée, mais ça se peut que l’économie retombe sur ses deux pieds facilement, donc, dans ce cas-là, ça se peut qu’il y en ait trop», constate Luc Godbout.

    Selon certains économistes, l’un des risques d’un plan de dépense excessif —surtout évoqué dans le cas américain — serait l’apparition de pressions inflationnistes dans l’économie. Un risque que même le Fonds monétaire international (FMI) juge peu crédible.

    Pour Geneviève Tellier, ce sont les investissements en infrastructures qui pourraient entrainer une surchauffe du secteur : «On dit qu’on va augmenter la construction de logements sociaux, mais en même temps, est-ce que ça ne va pas nous couter plus cher parce qu’il y a de l’inflation, parce qu’il y a une pénurie dans la construction, etc.?»

    Investir dans les infrastructures peut être bénéfique pour la future croissance économique, mais «est-ce qu’il fallait le dépenser cette année plutôt que dans trois ans, par exemple?» questionne la politologue de l’Université d’Ottawa. 

    Des services de garde à 10$ à travers le Canada

    Le gouvernement prévoit investir environ 30 milliards$ sur cinq ans pour établir à travers le Canada des places subventionnées en services de garde pour les jeunes enfants, une initiative qui se veut permanente.

    «Ça fait longtemps qu’on en parle, rappelle Luc Godbout. Ça a des effets sur la croissance économique, sur la participation au marché du travail, et ça rend les mères plus autonomes. Le Québec a servi pendant plus de 20 ans de projet pilote, et là on a décidé de l’étendre au reste du Canada.»

    À lire aussi: Relancer l’économie par les garderies

    Le cas du Québec a permis aux chercheurs de tirer des conclusions solides sur les bénéfices économiques des services de garde pour jeunes enfants, soutient Trevor Tombe.

    «Les recherches démontrent clairement que ça a un effet et que ça augmente la participation sur le marché du travail, particulièrement des femmes avec de jeunes enfants. C’est un des facteurs qui expliquent que le Québec a un taux de participation beaucoup plus élevé des femmes au marché du travail que beaucoup d’autres régions», selon l’économiste.

    Geneviève Tellier note pour sa part que «jusqu’à la pandémie, ce n’était pas clair si les gens voulaient un tel service parce que ça coutait très cher [au gouvernement]. Mais avec la pandémie, on s’est rendu compte que même si ça coute cher, les bénéfices surpassent les frais. C’est-à-dire que ça aide à concilier tout l’enjeu travail-famille, et ça aide les femmes sur le marché du travail aussi».

    Pour Trevor Tombe, la grande question demeure la volonté des provinces de participer à ce genre de programme, puisque selon le plan d’Ottawa, elles devront en assumer la moitié des couts.

    «La plus grande question ouverte, pour moi, c’est l’Alberta et Terre-Neuve. Ces deux provinces font face à d’importants défis fiscaux, et pour l’Alberta, sa part du programme monterait à 3,5 milliards$. Je ne sais pas si le gouvernement provincial voudra y penser», craint Trevor Tombe.

    Et il reste à déterminer comment le Québec, qui dispose de son propre programme, sera compensé, ajoute l’économiste.

    Une position que partage Luc Godbout : «On a beau mettre 30 milliards$, le fédéral ne va payer que la moitié des dépenses. Donc ça peut plaire au Québec, ça va plaire à l’Ontario, ça va sans doute plaire à la Colombie-Britannique, mais en Alberta, qui fait déjà l’objet de déficits, ils vont peut-être se dire “nous, on ne veut pas le mettre en place”.»

    «L’enjeu, renchérit Geneviève Tellier, ça va être pour le fédéral de convaincre les provinces, car le gouvernement provincial doit en financer une partie. Mais si les provinces ne le font pas, je pense qu’ils vont être en décalage avec ce que leur propre population veut.»

  • Il y a urgence d’agir en éducation postsecondaire en français

    Il y a urgence d’agir en éducation postsecondaire en français

    Le financement de 121 millions$ annoncé dans le budget fédéral de lundi arrive à point, mais des annonces concrètes devront suivre sous peu.

    Les institutions d’un bout à l’autre du pays ne peuvent pas se permettre d’attendre plus longtemps pour un meilleur financement sans mettre en péril l’offre de formations en français, tant au niveau de la qualité que de la quantité de programmes disponibles.

    Un secteur déjà fragilisé bien avant la pandémie

    Les finances des institutions postsecondaires ont été affectées par la pandémie, mais ce secteur était déjà fragilisé bien avant la crise sanitaire, et ce notamment en raison d’un sous-financement chronique des universités et des collèges de la part des provinces.

    La situation s’est aggravée au cours des dernières années sous l’impulsion de gouvernements prônant une politique d’austérité budgétaire dans plusieurs provinces : l’Alberta (Campus Saint-Jean), le Manitoba (Université de Saint-Boniface), l’Ontario (Université Laurentienne) et le Nouveau-Brunswick (Université de Moncton).

    À cela s’ajoute un financement du gouvernement fédéral aux institutions postsecondaires en contexte linguistique minoritaire qui stagne depuis le début des années 2000.

    Les exemples du Campus Saint-Jean et de l’Université Laurentienne illustrent à quel point les francophones sont particulièrement vulnérables lors de vagues de compressions budgétaires.

    Pourtant, en contexte minoritaire, les institutions postsecondaires contribuent de manière importante à la vitalité et au développement socioéconomique des communautés francophones, en plus de leur rôle dans la création, le partage et la diffusion de savoirs. Il s’agit de lieux névralgiques pour l’épanouissement et le rayonnement de la francophonie.

    Lorsqu’un programme en français disparait, les solutions se font rares. Bien souvent, les seules options pour les francophones sont de se tourner vers le secteur anglophone ou de quitter leur province.

    Des nouveaux investissements 

    Le financement de 121 millions$ sur trois ans pour appuyer le secteur de l’éducation postsecondaire dans la langue de la minorité, annoncé dans le budget fédéral, apparait ainsi comme une bouée de sauvetage plus que bienvenue.

    Ces nouveaux investissements s’inscrivent d’ailleurs dans la même lignée que le document de réforme pour les langues officielles présenté en février dernier par la ministre Mélanie Joly, dans lequel le gouvernement fédéral s’engage à travailler en partenariat avec les gouvernements provinciaux et territoriaux pour protéger et appuyer les institutions clés à la vitalité des communautés, de même qu’à renforcer le continuum en éducation de la petite enfance au postsecondaire.

    Il s’agit de tendances positives qui laissent espérer davantage de financements destinés spécifiquement à l’éducation postsecondaire dans le prochain Plan d’action pour les langues officielles en 2023.

    L’urgence d’agir

    Toutefois, d’ici là, il y a urgence d’agir. Avec un budget fédéral à saveur électorale et les rumeurs d’élections automnales qui vont bon train, le financement annoncé cette semaine doit se rendre aux institutions plus tôt que tard.

    En cas d’élections anticipées, l’appareil gouvernemental tournerait au ralenti pour plusieurs mois, et certaines situations ne se prêtent pas à de tels délais. C’est notamment le cas dans le Nord de l’Ontario, où le secteur postsecondaire en français est à un point critique.

    Le lien de confiance entre la Laurentienne et la communauté franco-ontarienne est rompu. L’ampleur des coupes effectuées lors du lundi noir illustre la place de seconde zone que réserve l’administration au français au sein de cette institution.

    L’option privilégiée par le Regroupement des professeurs francophones (RPF) est de transférer l’ensemble des programmes en français qui étaient offerts à la Laurentienne à l’Université de Sudbury.

    Pour ce faire, un soutien financier à court terme s’avèrera nécessaire pour préserver les programmes existants, dont la disparition a été annoncée, le temps de rendre possible cette réorganisation et d’envisager de possibles partenariats avec d’autres institutions postsecondaires, dont l’Université de Hearst et l’Université de l’Ontario français.

    La situation est aussi particulièrement critique au Campus Saint-Jean, qui fait les frais des contrecoups des compressions draconiennes imposées aux universités par le gouvernement de l’Alberta.

    Ne pas attendre les points de rupture

    L’aide consacrée au secteur postsecondaire ne doit pas se limiter aux moments de crise; il faut aussi veiller à ce que les institutions ne se rendent pas à un point de rupture.

    À titre d’exemple, à l’Université de Moncton, chaque budget de la dernière décennie est venu avec son lot de nouvelles compressions. Durant cette période, ce sont 88 postes de professeurs qui ont été éliminés, en plus d’une réduction du nombre total de cours offerts.

    Ce type de régime minceur n’est pas viable à long terme et compromet la qualité de l’offre à disposition des francophones. L’Université Saint-Boniface a aussi connu des budgets d’austérité au cours des dernières années.

    Certes, ces situations sont notamment attribuables aux choix effectués par les gouvernements provinciaux, du fait que l’éducation relève de leur compétence. Toutefois, lorsque l’engagement des provinces fait défaut, le gouvernement fédéral peut intervenir pour jouer un rôle de protection des minorités linguistiques en utilisant son pouvoir de dépenser.

    En parallèle, un travail devra tout de même être effectué pour en arriver à des ententes avec les provinces, ce qui risque de s’avérer particulièrement complexe dans certains cas.

    Originaire de Kedgwick au Nouveau-Brunswick, Guillaume Deschênes-Thériault est doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa. Il détient un baccalauréat de l’Université de Moncton et une maitrise de l’Université d’Ottawa. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse aux communautés francophones en situation minoritaire, avec un intérêt particulier pour l’enjeu de l’immigration.

  • Triste réalité d’une pandémie pour nos ainés

    Triste réalité d’une pandémie pour nos ainés

    Beau temps, mauvais temps, on peut les apercevoir bras dessus, bras dessous déambulant au centre-ville. Grandes et minces, elles n’affichent pas leur âge. Réjeanne Tessier, 90 ans, exerce de façon toute naturelle un rôle de proche aidante auprès de son amie Gabrielle Parent, de 5 ans sa cadette. Résidentes du Médaillon d’or, elles se connaissent depuis le boum économique du début des années 50 à la CIL de Brownsburg. Leur amitié est indéfectible depuis. 

    La cécité totale dont est atteinte Mme Parent ne l’empêche nullement de me jeter un regard qui en dit long sur sa difficulté à vivre la pandémie. Se rappelant les directives du printemps 2020 où personne ne devait sortir de son logement ni recevoir de visiteurs : «J’avais beau multiplier les conversations téléphoniques, je me sentais comme une prisonnière.» Hochant la tête, en signe d’approbation, Mme Tessier trouvait tout aussi pénible de devoir se conformer à ces mesures. 

    Elles qui se faisaient un devoir de marcher presque quotidiennement, étaient dorénavant reléguées à vivre en vase clos. «Comme on aimait aussi se gâter par une sortie au restaurant, rencontrer du monde, c’était frustrant», avoue Réjeanne. Plus que la déception, elles s’inquiétaient du manque d’exercice qu’elles jugeaient bénéfique à leur santé. Complices et délinquantes de nature, elles ont même transgressé certains règlements. «Je sortais à cachette par la porte arrière donnant sur le jardin, rien que pour marcher. On avait beau se dire qu’on se croyait dans un enclos, ça nous faisait tellement de bien», clame Gabrielle. 

    Pour Ginette De Lamirande (75 ans), établit au même endroit depuis novembre 2019 : «je suis déménagée ici parce que j’avais choisi de vivre en communauté. À peine 4 mois plus tard, je devais m’enfermer dans ma chambre, j’étais en état de choc. À plusieurs reprises, je sonnais la cloche (signal d’urgence) parce que j’hyper ventilais.» Sa voisine d’appartement, Sylvia Leclair-Dagenais (82 ans), se considère chanceuse d’avoir l’une de ses quatre filles inscrites comme proche aidante. «Renée me visite régulièrement en plus de m’apporter plein de livres. Je vis un jour à la fois. Juste changer mon lit, faire du lavage ou m’adonner à la lecture me comble.» Assises à une table de piquenique du parc Barron, les deux dames apprécient pouvoir enfin mettre le nez dehors. Au passage de deux policiers patrouillant à vélo, des salutations mutuelles franches et souriantes les enchantent tout autant qu’elles les interpellent. À l’unisson : «on est bien ici, on se sent en sécurité.» Incapable de réprimer un rire aussi soudain que contagieux, Ginette ajoute candidement et sans pudeur: «je pense au chum que je viens de me faire, j’ai hâte qu’on fasse l’amour.» Pince-sans-rire, Sylvia, lui rétorque : «un jour à la fois.» 

    Pour d’autres comme Nicole Laurin (76 ans) et André Braney (75 ans), l’adaptation ne fut pas de tout repos. La troupe  »Théâtre la belle gang », dont elle fait partie ayant cessé toutes activités, elle dut se résigner à son passetemps favori en plus d’être privée de la franche camaraderie du groupe. «J’étais désormais confinée à l’appartement soir et matin ne sortant que pour l’épicerie et la pharmacie et avec le couvre-visage, les commis et moi, on avait de la misère à se comprendre.» André, son conjoint, ajoute: «conscient de l’isolement chez plusieurs de mes connaissances, je suis bien content de vivre à deux.» Friand d’actualités, il confirme : «J’écoute LCN tous les jours.» Tourmenté par la confusion et les contradictions soulevées par les instances gouvernementales, il laisse tomber du même souffle : «Mais Arruda, Dubé et Legault sont pas mal dur à suivre.» De renchérir Nicole : «La situation étant en dehors de notre contrôle, on doit s’adapter. Comme notre logement est plus petit que la maison où l’on habitait, y’a fallu qu’on s’apprivoise», conclut-elle. 

    Toutes ces personnes dénoncent la véhémence des propos et l’attitude négative des «complotistes» alors que d’autres déplorent également l’intérêt qu’on leur porte. Unanimement, elles sont persuadées de voir la lumière au bout du tunnel et se disent outillées face à la venue imminente de la troisième vague. 

     

     

  • Vaccinés, mais prudents

    Vaccinés, mais prudents

    En date du 13 avril, nous avions administré une première dose de vaccin à 7 769 203 personnes, soit 20,4% de la population. Les trois territoires du Nord et le Québec mènent présentement le bal avec l’Alberta et l’Ontario juste derrière. Ce n’est pas très remarquable puisque ces chiffres nous placent au 44e rang le monde en nombre de vaccinés par 100 000 habitants.

    La bonne nouvelle est que, depuis quelques semaines, ces chiffres s’améliorent quotidiennement.

    Cette amélioration est cependant loin d’être une panacée. Le problème est que notre poussée de vaccination survient en pleine troisième vague du virus. Et pas n’importe quel virus. Maintenant ce sont les variants du coronavirus qui font des ravages en se propageant plus rapidement et en causant des troubles respiratoires plus mortels.

    L’Ontario est présentement la plus touchée avec plus de 4 000 cas par jour, dont des milliers qui engorgent les services de soins intensifs des hôpitaux. Le gouvernement Ford vient d’ailleurs de raffermir le confinement en fermant indéfiniment les écoles.

    En fait, depuis la fin de semaine dernière, le Canada dépasse les États-Unis en matière de cas par million d’habitant. Pas très jojo.

    On comprend donc pourquoi les experts préviennent maintenant les vaccinés contre le sentiment d’invulnérabilité. Il est facile pour ceux qui ont reçu une première dose de vaccin de croire qu’ils peuvent maintenant reprendre une vie normale avec sorties sans masque, sans distanciation physique, sans se laver les mains 20 fois par jour. Mais, non, disent les experts.

    La science ne nous donne pas encore de réponses précises quant aux effets complexes du coronavirus et de ses variants. La science n’est pas encore claire sur les vaccins innovateurs créés pour combattre cette pandémie. Mais tous les scientifiques s’entendent sur certains points cruciaux.

    • Aucun vaccin n’est efficace à 100%.
    • Les vaccins Moderna et Pfizer-BioNTech ne sont efficaces que deux semaines après l’inoculation.
    • Tous les vaccins diminuent le taux de morbidité de la COVID-19, mais même les symptômes bénins peuvent avoir des effets néfastes à long terme.
    • Une personne vaccinée pourrait quand même attraper le virus et le transmettre à d’autres.
    • On ne connait pas le degré d’immunité que ces vaccins offrent pour les nouveaux variants du virus.
    • On ne connait pas la durée de l’immunité offerte par un premier vaccin.
    • Comme le Canada prévoit un intervalle de quatre mois entre les deux doses nécessaires pour la plupart des vaccins, on ne sait pas si leur immunité sera aussi efficace.

    Voilà pourquoi les experts nous exhortent, nous les vaccinés, à redoubler de prudence. Je continuerai donc à rester chez nous le plus possible, à porter un masque en public, à respecter la distanciation physique dans les regroupements et à me laver les mains.

    Cela étant dit, il faut bien comprendre que cela ne veut pas dire que ça ne vaut pas la peine de se faire vacciner. Pour l’instant, les vaccins sont la seule porte de sortie de cette pandémie. Comme le disent les experts : Vaut mieux un premier vaccin qui n’offre qu’une modeste protection que pas de vaccin du tout.

  • Budget fédéral 2021 : plus de 100 milliards$ pour assurer la relance

    Budget fédéral 2021 : plus de 100 milliards$ pour assurer la relance

    Selon la ministre des Finances, Chrystia Freeland, l’ampleur du plan de relance se justifie par l’expérience de la crise financière de 2008, où l’insuffisance des mesures de soutien gouvernementales avait retardé la reprise et couté des milliers d’emplois à l’économie canadienne.

    Dans son Budget 2021: Une relance axée sur les emplois, la croissance et la résilience, le ministère des Finances estime que le déficit s’établira à 354,2 milliards$ pour 2020-2021 et projette un déficit de 154,7 milliards $ en 2021-2022, soit respectivement 16,4% et 6,4% du PIB.

    En comparaison, en 2018-2019, le déficit s’élevait à 14 milliards$, soit 0,6% du PIB.

    Ces résultats constituent toutefois une embellie relativement aux prévisions de l’énoncé économique de l’automne 2020, qui envisageait un déficit de 381,6 milliards$ en 2020-2021, sans tenir compte des dépenses liées à la relance économique.

    L’amélioration des projections s’explique par une reprise économique plus vigoureuse que prévu et par les couts moins élevés qu’escomptés des mesures de soutien économiques mises en place pour faire face à la crise.

    Le déficit se résorberait à 59,7 milliards$ en 2022-2023 et passerait à 30,7 milliards en 2025-206, soit 1,1% du PIB.

    La proportion de la dette par rapport à la taille de l’économie canadienne culminerait à 51,2% en 2021-2022, avant de descendre à 49,2% en 2025-2026.

    Vers des services de garde pancanadiens pour jeunes enfants

    Les femmes, rappelle la ministre des Finances Chrystia Freeland dans son discours devant la Chambre des communes, ont été parmi les plus durement touchées par la crise de la COVID-19 : «Sans service de garde d’enfants, les parents — habituellement les mères — ne peuvent pas travailler. La fermeture de nos écoles et de nos garderies a réduit la participation des femmes à la population active à son plus bas niveau depuis plus de deux décennies.»

    Ottawa s’inspirera donc de l’expérience du Québec pour établir un système pancanadien de services de garde pour jeunes enfants, et y investira 27,5 milliards$ sur cinq ans, puis un minimum de 8,3$ milliards par année subséquemment.

    Les détails du programme doivent être négociés avec les provinces, mais le gouvernement fédéral cherche à réduire les frais de garde de 50% d’ici la fin de 2022. L’objectif ultime sera de ramener le prix des places règlementées en service de garde à 10$ par jour d’ici cinq ans.

    Les couts du programme de services de garde seraient partagés à parts égales avec les provinces, selon les plans du gouvernement fédéral.

    Un haut fonctionnaire du gouvernement n’a pas été en mesure de déterminer quelle serait la compensation financière du Québec dans le cadre de ce programme, puisque la province dispose déjà d’un service de garde subventionné.

    COVID-19: prolongement des mesures de soutien

    La Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC), la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) et la Subvention d’urgence du Canada pour le loyer (SUCL) seront étendues jusqu’au 25 septembre 2021.

    Selon un haut fonctionnaire du gouvernement, le prolongement de ces mesures de soutien se chiffrerait à environ 30 milliards$.

    Ces programmes seront progressivement réduits à partir de juillet 2021, selon l’état des conditions sanitaires. Par exemple, dans le cas de la SSUC, le taux de remboursement des salaires des employés admissibles passerait de 75% en juin à 20% à la fin aout (pour les entreprises qui ont perdu 70% de leurs revenus).

    L’assouplissement des conditions d’accès à l’assurance-emploi sera prolongé au cours de la prochaine année.

    Ottawa introduit aussi dans son budget le Programme d’embauche pour la relance économique du Canada, qui visera à encourager les employeurs à embaucher de nouveaux employés. Le programme s’étendrait du 6 juin au 20 novembre 2021 et rembourserait 50% du salaire des nouveaux employés entre juin et aout, pour s’établir à 20% en novembre.

    Le gouvernement compte aussi créer 500 000 opportunités de formations d’emploi à compter de 2021 et augmenter le salaire minimum à 15$ l’heure à l’échelle du pays.

    Relance verte et innovation

    Ottawa propose d’investir dans des secteurs stratégiques au cours des prochaines années, par exemple dans les sciences de la vie, la biofabrication (vaccins, NDLR), l’intelligence artificielle, la technologie quantique, l’industrie photonique (ex. panneaux solaires) et la génomique.

    Un milliard$ supplémentaire sur six ans sera investi dans le développement de l’accès à l’Internet à large bande, alors qu’Ottawa propose d’aider les petites et moyennes entreprises à prendre le virage numérique – notamment à travers des microsubventions et des programmes d’accompagnement.

    Le budget de 2021 propose aussi des investissements de 17,6 milliards $ sur cinq ans pour favoriser une «relance verte». Ottawa veut notamment «décarboniser les grandes émettrices», investir dans la technologie propre et créer des incitatifs pour les projets de capture et de séquestration du carbone.

    Ottawa veut aussi investir 4,4 milliards$ sur cinq ans pour subventionner les rénovations majeures des domiciles pour améliorer leur efficacité énergétique.

    Selon la ministre Freeland, s’exprimant devant la Chambre des communes, «ce budget établit un plan visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 36% par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2030 et met [le Canada] sur la voie de la carboneutralité d’ici 2050».

    D’autres mesures en rafale

    Ottawa se propose de poursuivre ses efforts dans la lutte contre la COVID-19, notamment en augmentant l’accès aux vaccins et soutenant les soins aux ainés.

    Le gouvernement veut aussi soutenir les entrepreneurs noirs et racisés en octroyant 51,7 millions$ sur cinq ans pour développer l’entrepreneuriat dans les communautés noires et en investissant 87,4 millions$ pour diversifier les approvisionnements du gouvernement fédéral en facilitant l’accès aux les entreprises issues de communautés racisées.

    Ottawa investira aussi 18 milliards$ sur cinq ans pour améliorer la qualité de vie dans les communautés autochtones, notamment en investissant dans les services de santé, l’éducation et les infrastructures.

    Pour faire face à la crise du logement dans plusieurs villes canadiennes, le gouvernement prévoit construire ou restaurer 35 000 unités de logements abordables en investissant 2,5 milliards$ et réaffectant 1,3 milliard$ de fonds existants.

    Le budget prévoit aussi l’instauration d’une taxe annuelle de 1% sur les biens immobiliers vacants appartenant à des propriétaires étrangers non résidents.

    Ottawa entend aussi bonifier son offre pour l’amélioration du transport en commun, ajoutant 3 milliards$ par année à partir de 2025-2026 au plan d’infrastructure de 14,9 milliards sur huit ans annoncé en février dernier.

    Le gouvernement compte également mettre en place une surtaxe sur les produits de luxe (tels les yachts et autres voitures de luxe), en plus de lutter contre l’évasion fiscale et les «stratagèmes fiscaux complexes».

    Enfin, Ottawa appliquerait une taxe de 3% sur les revenus des géants du Web, en attendant que la communauté internationale s’entende sur une approche multilatérale sur cette question.

  • Jean Poirier, atterré, sidéré

    Jean Poirier, atterré, sidéré

    Dans une lettre qu’il a rendue publique, celui qui a été député pendant 11 ans durant les années 80, affirme entre autres regretter que les élus des Comtés unis de Prescott et Russell n’aient pas été solidaires à l’unanimité envers les citoyens des environs de L’Orignal, du conseil municipal de Champlain ainsi que du groupe Action Champlain qui se sont vivement opposés à ce projet. Les élus en question, écrit-il, ont raté une belle occasion de démontrer un appui essentiel. Mais ils n’ont pas à trop craindre des retombées de la pollution à venir si la cimenterie était construite. Car, ajoute-t-il, la plupart de ces élus des Comtés unis habitent bien à l’ouest et au sud-ouest, en amont des vents prédominants du sud-ouest, loin du bruit et de la circulation qui seraient causés par la cimenterie.  

    Jean Poirier se dit sidéré parce si elle voit le jour, la cimenterie Colacem sera construite sur la terre ancestrale de sa famille. “Trois générations de Poirier y ont vécu, mon arrière-grand-père, Jean-Baptiste, son fils, mon grand-père, Zéphirin, ainsi que Philippe le fils de ce dernier, ont cultivé cette terre où j’ai passé de bons moments dans ma jeunesse. Mon père, Lionel, y est né en 1917, dans la maison ancestrale depuis démolie”. La terre ancestrale a été vendue en 1970 par l’oncle Philippe de Jean Poirier, parce qu’elle était devenue impraticable à cause de la pollution, la poussière qui étouffait les récoltes, le dynamitage, la perte de l’eau souterraine qui assécha le puits, le tout causé par l’implantation de la carrière tout près. 

  • Université Laurentienne : un processus opaque, lourd de conséquences pour Sudbury

    Université Laurentienne : un processus opaque, lourd de conséquences pour Sudbury

    «Quant à nous, le bilinguisme est mort à l’Université laurentienne», fulmine Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

    Il souligne que 58 % des programmes offerts en français ont été abolis et que 40 % des cours éliminés par l’Université Laurentienne sont des cours en français.

    «Donc l’Université Laurentienne va devenir véritablement une université de langue anglaise, avec quelques programmes de langue française qui rapportent des profits à l’institution, parce qu’on va garder simplement les programmes qui rapportent de l’argent, parce qu’on a des créanciers à payer», raille Carol Jolin.

    Des efforts réduits à néant

    France Gélinas, députée néodémocrate à l’Assemblée législative de l’Ontario pour Nickel Belt, s’indigne que les efforts de la communauté francophone de Sudbury pour développer l’éducation postsecondaire en français aient été réduits à néant en aussi peu de temps.

    «On a travaillé longtemps pour chacun de ces programmes en français. On a travaillé longtemps pour finalement y avoir accès, et là, derrière un processus à huis clos, tout est parti d’un coup. Ben voyons donc!» s’exclame-t-elle.

    Le licenciement d’une centaine de professeurs francophones aura un impact au-delà de l’Université ; il se fera aussi sentir dans la communauté, croit la députée provinciale.

    «Les professeurs qui sont là sont des gens qui participent à la vie et à la vitalité de la francophonie. Ils viennent aux spectacles, ils participent aux arts, ils siègent aux conseils d’administration de toutes les agences francophones de Sudbury», précise-t-elle.

    «Le savoir qui a été développé grâce à la Laurentienne a fait que le Nord a pu se développer, a fait que les gens du Nord ont pu avoir de belles carrières, des opportunités de développement, et on est en train de tout perdre ça», craint France Gélinas.

    À lire aussi : Coupes sauvages à l’Université Laurentienne : quel est le rôle d’Ottawa?

    Le gouvernement de Doug Ford, croit-elle, a privilégié les intérêts des créanciers de la Laurentienne à ceux des étudiants, des professeurs et de l’intégrité de l’établissement.

    La «marchandisation de l’éducation»

    Pour Yalla Sangare, membre du comité exécutif de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU), «chacune de ces institutions, que ce soit la Laurentienne, l’Université de Moncton, la Faculté Saint-Jean, etc., joue un rôle essentiel pour la vitalité de ces communautés. Elles sont essentielles à la survie du français. Ce sont des institutions où les gens vont étudier, bien sûr, mais souvent ce sont les seules institutions où il y a une bibliothèque de qualité, une patinoire de qualité, une piscine de qualité, une salle de spectacle de qualité».

    En regardant la nature des programmes suspendus, ce professeur de l’Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse, craint la «marchandisation de l’éducation».

    «Si je suis Franco-Ontarien, je ne peux plus étudier la philosophie, […] je ne peux plus étudier l’économie, je ne peux plus faire de théâtre dans ma langue, il n’y a plus de programme de sagefemme, donc on s’en est tenu qu’aux programmes professionnels», déplore Yalla Sangare.

    Une position que partage Carol Jolin de l’AFO : «Les cours qu’on a gardés, ce sont des cours qui rapportent des profits à l’institution. Tous les cours qui n’allaient pas dans cette direction ont été coupés. On est rendus avec une bizness qui doit faire de l’argent pour essayer de rembourser ses créanciers.»

    «Et c’est malheureux que ce soit la francophonie qui en paie la facture, en bonne partie pour les erreurs de gestions qui ont été faites dans le passé», ajoute-t-il.

    Une situation que Carol Jolin attribue en partie au gouvernement provincial puisque le financement des universités ontariennes est gelé depuis une dizaine d’années, ce qui en fait le système universitaire le moins financé au Canada.

    Donner une chance à l’Université de Sudbury

    Selon Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA), «l’Université Laurentienne est présentement dans un coup de foudre, dans une panique totale».

    «Quand on regarde les décideurs, la majorité est unilingue anglophone. C’est la réalité ; on le voit partout, on l’a vu à l’Université de l’Alberta et au Campus Saint-Jean. Alors, il y a des gens qui n’ont pas d’intérêts envers la langue française, ne la comprennent pas nécessairement, mais sont investis [de responsabilités]», souligne Jean Johnson.

    Carol Jolin croit pour sa part que les derniers développements à l’Université Laurentienne sonnent le glas de la programmation francophone et qu’il faut donner une chance au projet de l’Université de Sudbury de devenir une institution entièrement francophone.

    «Notre position a toujours été que, pour le bien de la programmation francophone dans le Moyen-Nord, l’Université de Sudbury rapatrie les cours [en français] de l’Université Laurentienne avec les siens et devienne totalement indépendante», soutient-il.

    «Ce qu’on demande au gouvernement de l’Ontario, c’est de mettre sur pied un moratoire d’un an sur les coupures dans la programmation en français pour que le gouvernement, l’Université de Sudbury et la communauté franco-ontarienne aient le temps d’avoir une réflexion sérieuse et qu’on puisse poser des actions concrètes pour assurer la pérennité de la programmation en français dans le Moyen-Nord», explique Carol Jolin.

    Jean Johnson trouve que le transfert de la programmation francophone de la Laurentienne vers l’Université de Sudbury serait une «solution élégante», qui permettrait d’éviter l’élimination de plusieurs programmes en français, de les voir «disparaitre dans l’air».

    «Pour moi, ajoute Jean Johnson, l’Université de Sudbury permet d’aller chercher cette indépendance rapidement et d’offrir une plus grande programmation par et pour les francophones. Ça veut dire que la décision n’appartient pas exclusivement à l’Université Laurentienne. La décision appartient au gouvernement.»

    Le président de la FCFA rappelle qu’il y a notamment une pénurie d’enseignants au primaire et au secondaire. La mise en péril ces programmes universitaires pourrait précariser les écoles francophones et les programmes d’immersion linguistique en Ontario.

    Yalla Sangare, de l’ACPPU, souligne que la décision relève de la communauté franco-ontarienne, mais évoque tout de même quelques appréhensions : «Entretemps, qu’est-ce qui va arriver à la centaine de profs qui ont perdu leur emploi, qu’est-ce qui va arriver aux programmes qui viennent d’être coupés? […] Nous avons des craintes sur le délai dans lequel cette nouvelle université va pouvoir être opérationnelle. Nous sommes dans l’urgence», appuie-t-il.

    Queen’s Park manque à l’appel

    Pour France Gélinas, le gouvernement Ford abdique ses responsabilités en se cachant derrière les procédures d’arrangements avec les créanciers entamés par l’Université Laurentienne.

    «Du côté du gouvernement, c’est vraiment, “ah, c’est un processus qui est devant la cour, on ne peut pas s’en mêler”. Moi, ce que je réponds à ça, c’est que c’est de la foutaise! Vous pouvez vous en mêler, le processus pour la protection des créanciers, c’est un processus qui est fait pour le secteur privé. Une université, ce n’est pas privé. C’est un bien public!» proteste la députée provinciale de Nickel-Belt.

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    Pour Yalla Sangare de l’ACPPU, il est particulièrement préoccupant que l’Université Laurentienne ait choisi la voie des tribunaux – une première pour une institution postsecondaire canadienne.

    «Avec cette option, tout est confidentiel, donc les représentants de l’Université, les représentants des profs, tout s’est fait à huis clos et ils ne pouvaient parler à personne y compris à leurs constituants, donc il y a aussi un déficit démocratique», soutient-il.

    Il y avait d’autres moyens de gérer la situation, croit Yalla Sangare : par exemple, la convention collective des professeurs de la Laurentienne comportait des mécanismes pour faire face aux situations d’urgence financière.

    Selon France Gélinas, «le gouvernement [ontarien] savait, il y a neuf mois de ça. L’Université Laurentienne est allée voir le ministre Romano, est allée voir le gouvernement de M. Ford pour leur raconter “voici où on en est rendu, voici ce dont on aurait besoin, etc.”, et le gouvernement leur a dit, “non, il n’y a pas une cenne qui va venir d’ici, allez à la cour, ça va vous permettre de vous débarrasser d’un paquet de programmes et d’un paquet de staff sans avoir à passer par les conventions collectives”».

    Le gouvernement Ford, insiste France Gélinas, n’a pas vraiment d’intérêt pour l’éducation postsecondaire en français en Ontario.

    Dans le cas de l’Université de l’Ontario français, elle illustre que le gouvernement ontarien a mis quinze mois pour conclure une entente, alors que le gouvernement fédéral offrait d’assumer les couts du projet pour les quatre premières années.

    Avec les déboires financiers de la Laurentienne, observe la députée, le gouvernement fédéral a offert son soutien, mais le gouvernement de l’Ontario n’a soumis aucune demande en ce sens.

    «Donc de dire qu’ils sont bien ouverts à la francophonie et à l’avant-garde, non, pantoute! La francophonie et les francophones en Ontario, on se sent à peine tolérés, vraiment pas écoutés», fulmine France Gélinas.

    Elle maintient que la communauté devra «exiger que le gouvernement de M. Ford prenne ses responsabilités face aux droits des Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes d’avoir accès à l’éducation universitaire en français de façon équitable […] La formation universitaire, c’est une responsabilité du gouvernement provincial».

    Le fédéral, pas une panacée

    Jean Johnson, de la FCFA, croit toutefois qu’il y a des limites à l’intervention fédérale dans les dossiers francophones.

    «Si on se tourne constamment vers le gouvernement fédéral et qu’on dit “vous devez prendre la relève”, on donne la permission aux provinces de ne pas assumer leurs responsabilités envers leurs institutions. Et je vous rappelle que c’est de compétence provinciale [l’éducation postsecondaire].»

    Les provinces, observe Jean Johnson, auraient intérêt à changer la façon dont elles abordent les institutions francophones. «On parle de trois crises en trois ans : il y a eu l’Université de l’Ontario français, il y a eu le Campus Saint-Jean en Alberta, et maintenant on voit la Laurentienne. Et on voit que ce sont les programmes francophones qui prennent le gros coup des coupures, parce que nos services sont déjà marginalisés, sont toujours très fragiles.»

    S’il faut que les provinces prennent leurs responsabilités, pense Jean Johnson, «le gouvernement canadien va devoir démontrer un leadeurship collaboratif dans le dossier. Ils se sont engagés à protéger le français et à promouvoir le français. Donc c’est un dossier incontournable pour le gouvernement fédéral, mais il faut trouver des solutions aussi auprès des provinces et des territoires».

    Fondamentalement, observe Yalla Sangare, le problème est que les universités sont sous-financées. Les gouvernements sont particulièrement réticents à délier les cordons de la bourse pour les universités qui servent des régions éloignées, citant les couts élevés.

    «Oui, ça coute plus cher, parce que nous sommes dans des régions éloignées, c’est tout à fait normal», s’indigne Yalla Sangare.

    La situation actuelle exige un financement d’urgence de l’Université Laurentienne, croit Yalla Sangare. «Mais au-delà de cette aide d’urgence, nous demandons un financement beaucoup plus substantiel, et surtout beaucoup plus stable pour l’ensemble des universités francophones et bilingues à l’extérieur du Québec.»

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