Catégorie : Autres – Others

  • Parler mal, pour bien discuter de l’insécurité linguistique

    Parler mal, pour bien discuter de l’insécurité linguistique

    Cette anecdote, Gabriel Robichaud la partage avec sa complice Bianca Richard, comédienne acadienne, dans le premier épisode de Parler mal, un balado réalisé par les deux comparses et produit par Radio-Canada Acadie.

    À l’origine, Parler mal devait être uniquement un projet de docufiction théâtral sur l’insécurité linguistique, entamé en 2019 et prévu pour 2023. En cours de création, des lectures publiques ont été présentées et ont attiré l’attention.

    Les deux artistes ont alors reçu l’offre de Radio-Canada Acadie de traiter de l’insécurité linguistique dans un balado. Cinq épisodes ont été préparés plus tôt cette année.

    «Bianca et moi, il y a deux ans, on se parlait de cette thématique de l’insécurité linguistique», raconte Gabriel Robichaud en entrevue avec Francopresse.

    «Puis est venue cette envie-là de prendre la parole, [d’exprimer] notre point de vue, puis de se réapproprier cette histoire narrative là afin de parler de nous, de notre vécu et d’aller vers les autres, d’en discuter. Le balado nous a permis de faire ça», constate-t-il aujourd’hui.

    «On a dit oui parce que ça allait nourrir en même temps notre processus, qui est un processus de théâtre documentaire, précise Bianca Richard. C’était comme donnant-donnant. Pour nous autres, pour notre processus de création, puis pour Radio-Canada Acadie puisque c’était leur premier balado.»

    L’insécurité linguistique se vit… en silence

    La sociolinguiste et chercheuse Annette Boudreau a participé au balado en tant qu’experte de la question de l’insécurité linguistique. Autrice de nombreux livres et publications au sujet de la langue et de l’identité dans le milieu acadien, voici comment elle décrit le phénomène dans le premier épisode de Parler mal :

    «L’insécurité linguistique, c’est la peur de faire des fautes. Mais, c’est plus que ça ; c’est un état qui envahit complètement la personne qui parle et qui fait qu’elle a l’impression d’être illégitime de sa manière de parler. Il n’y a pas d’insécurité linguistique sans une hyper conscience de sa manière de parler.»

    Et une réaction caractérise énormément cet état d’esprit: le silence.

    Confrontées à cette insécurité linguistique, plusieurs personnes choisissent en effet de se refermer sur elles-mêmes. C’est un élément du phénomène qui a particulièrement marqué Gabriel Robichaud lors du travail effectué pour le balado : «C’est quelqu’un qui décide de s’exclure d’une conversation publique parce que dans sa langue maternelle, il ne se sent pas légitime de prendre la parole. Donc, déjà, quand tu parles du silence, ben le chemin à parcourir, c’est énorme.»

    Aujourd’hui retraitée de son poste de professeure titulaire au Département d’études françaises de l’Université de Moncton, la sociolinguiste Annette Boudreau dit avoir observé ce phénomène auprès de certains étudiants. En particulier ceux originaires du Sud-Est du Nouveau-Brunswick, qui lui avouaient en privé qu’ils hésitaient à prendre la parole parce qu’ils «parlaient mal».

    Annette Boudreau raconte d’ailleurs dans le balado avoir elle-même subi cette insécurité lors de ses études universitaires en France. «Pendant ces années-là, je m’étais tue, mais complètement tue. Et ce n’était pas non plus à cause de l’attitude des gens, ils voulaient m’amener à parler et me disaient : “Mme Boudreau, avez-vous quelque chose à dire?” Je disais non. Et pourtant j’avais, je ne sais pas combien d’éléments dans ma tête, mais jamais je n’aurais osé le dire à ce moment-là.»

    L’école, premier face-à-face avec son parler

    L’insécurité linguistique se manifeste souvent pour la première fois à l’école: «On se faisait dire, soit de façon directe ou indirecte, qu’on ne parlait pas un bon français», raconte Bianca Richard.

    Mais c’est surtout à l’université qu’elle a fait face à cette nouvelle réalité «parce que, tout d’un coup, je me comparais, mettons au monde du Nord [du Nouveau-Brunswick, NDLR] ou au monde du Québec, ou même au monde de la France!»

    «Tout d’un coup, j’étais plus reprochée pour mon accent. J’étais plus dit que j’avais un gros accent que d’autres personnes dans ma classe ou dans mes cours. Tu te dis: “Ok ben, mon accent, ma façon de parler est moins valorisée ou moins importante que les autres?”»

    «Puis il y a tout le temps la peur de ne pas se faire comprendre par les autres. À force de se faire dire que tu parles mal ou tu parles différemment, à un moment donné, ça te tente plus de parler», déplore la comédienne acadienne.

    Annette Boudreau souligne l’importance que l’école donne aux élèves un registre de langue qui permet de s’adapter en société, «mais ça dépend de la manière de le faire. Si on commence par être négatif à l’égard de la langue parlée des élèves à ce moment-là, ça leur enlève la confiance dès le départ»,

    La tentation peut être forte à ce point-là de modifier son parler, son accent. Bianca Richard admet qu’elle ne parle plus exactement comme avant depuis qu’elle vit à Moncton, mais pas au point de perdre son identité linguistique. «Je roule encore mes “r”. Ça n’empêche pas les gens de me comprendre!»

    L’insécurité chez les politiciens

    Deux personnalités politiques acadiennes ont partagé leur expérience d’insécurité linguistique dans le balado.

    D’abord Claudette Bradshaw, qui a été députée fédérale pour la région de Moncton et ministre. Elle a grandi à Parktown, un quartier ouvrier de Moncton, où on ne parlait pas le français standard.

    Une fois élue, elle apprend que certaines gens disent : «Elle va nous faire honte» en raison de la qualité de son français. «Puis ça, ça m’avait vraiment fait mal», raconte-t-elle.

    L’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick Brian Gallant, originaire du Sud-Est du Nouveau-Brunswick, a eu aussi son lot de critiques «linguistiques». Né d’un père acadien et d’une mère anglophone, il parlait anglais à la maison. Il a suivi d’abord le programme d’immersion, puis a fréquenté l’école francophone à compter de l’âge de dix ans.

    Il se souvient que lors de la course à la direction du Parti libéral, un député est venu le rencontrer. La seule chose qu’il lui a dite, c’est qu’une personne aspirant à devenir premier ministre ne doit pas prononcer le mot merci, «marci».

    Après qu’il soit devenu chef du parti, un article est paru dans lequel un spécialiste analysait la qualité de son français, indiquant qu’il s’agissait «d’un registre beaucoup inférieur à ce à quoi on est habitué».

    Dans le troisième épisode du balado, Brian Gallant révèle avoir «travaillé fort pour être bilingue toute ma vie. Ç’a été une bataille personnellement de pouvoir même parler français! On est habitués de se faire critiquer, mais là, ça attaquait un peu mon identité, ma culture, ça attaquait ma région. Ma famille, mes amis parlent tous comme ça».

    Selon Gabriel Robichaud, c’est un phénomène fréquent: «Souvent, on va délégitimer leur propos, c’est-à-dire qu’on va arrêter d’entendre qu’est-ce qu’ils ont à dire, puis on va regarder comment ils le font. Puis, tout à coup, ça exclut la conversation!»

    «Puis c’est souvent une marque beaucoup plus d’ignorance de la personne qui devrait écouter ou lire, plutôt que de la personne qui parle ou écrit. Puis il y a quelque chose d’accepté par rapport à ça encore», observe l’artiste par rapport au fait de critiquer le français des autres.

    L’aventure de Parler mal se poursuit et prend de l’ampleur. Alors que le docufiction théâtral est toujours en création, un projet de film est également en développement.

  • De bonnes surprises et des attentes élevées pour la francophonie minoritaire au Cabinet

    De bonnes surprises et des attentes élevées pour la francophonie minoritaire au Cabinet

    Divers éléments pèsent dans la balance lors de l’exercice de formation d’un Cabinet, dont la composition régionale, rappelle Stéphanie Chouinard, professeure agrégée au Département de science politique du Collège militaire royal du Canada et coaffiliée à l’Université Queen’s à Kingston.

    «On voit que la Saskatchewan n’est pas directement représentée. […] Du point de vue du Manitoba et de l’Alberta, on est presque chanceux, en tant que francophones hors Québec, que ces deux messieurs [Dan Vandal et Randy Boissonnault, NDLR] proviennent de nos communautés. M. Trudeau n’avait pas énormément de choix en termes de représentation régionale dans les provinces des Prairies», note-t-elle.

    La politologue souligne toutefois que «le fait que ces individus soient des ressortissants de nos communautés est seulement un fait d’armes parmi tant d’autres sur leur CV».

    Bien qu’importante, la francophonie reste un critère parmi tant d’autres dans la composition du Cabinet, avec notamment la parité et l’expérience de carrière, observe Stéphanie Chouinard.

    Ginette Petitpas Taylor attendue au tournant

    Pour Stéphanie Chouinard, l’attribution du ministère des Langues officielles à Ginette Petitpas Taylor est une petite surprise : «Je m’attendais à ce que Mélanie Joly veuille voir le projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles mené à bon port, puisque c’est un portefeuille qu’elle détenait depuis 2015 et qu’on semblait assez près de l’adoption d’une nouvelle Loi.»

    La politologue ne s’étonne toutefois pas que Mélanie Joly ait obtenu la plus grosse promotion: «Ça faisait assez longtemps qu’elle n’était pas détentrice de son propre ministère. Le Développement économique était sous l’égide du ministère de l’Industrie et les Langues officielles, sous le Patrimoine canadien.»

    Stéphanie Chouinard assure toutefois que la courbe d’apprentissage de Ginette Petitpas Taylor ne sera pas trop abrupte puisque la nouvelle ministre «connait très bien les enjeux des Langues officielles. [L’apprentissage] sera moins grand qu’il n’aurait pu l’être pour un député ressortissant du Québec ou un anglophone d’une autre province», souligne-t-elle.

    En conférence de presse le mardi 26 octobre, Mme Petitpas Taylor a assuré qu’elle redéposerait le projet de loi visant à moderniser la Loi sur les langues officielles dans les 100 jours, tel que promis par le Parti libéral durant la campagne électorale, ce qui mène l’échéance à la mi-février. Elle n’a pas précisé si elle rajouterait sa touche personnelle ou non.

    Malgré sa connaissance du dossier, les francophones en situation minoritaire peuvent-ils craindre que le projet de loi ne prenne une autre direction? Mélanie Joly s’était engagée à redéposer le même projet de loi advenant une réélection des libéraux, mais la nouvelle ministre pourrait profiter de ce remaniement ministériel pour corriger le tir sur certaines lacunes qui ont été soulevées… ou pour effectuer des changements qui pourraient déplaire aux Franco-Canadiens.

    «Pour en avoir le cœur net, il faudra attendre la publication des lettres de mandat de chacun des ministres. Ce que le premier ministre demandera à Mme Petitpas Taylor pourra clarifier ce à quoi on peut s’attendre du point de vue de la modernisation [de la Loi]», lance Stéphanie Chouinard.

    De bonnes surprises francophones sur certains portefeuilles

    Dans l’Ouest, Frédéric Boily, professeur de science politique au Campus Saint-Jean à Edmonton, s’interroge sur le portefeuille confié à Randy Boissonnault: «À partir du moment où il revenait comme député, il était clair qu’il aurait un [portefeuille]. Le ministère du Tourisme n’est peut-être pas le plus prestigieux, mais il demeure qu’il va avoir une voix à la table du Cabinet. Et puis, il est aussi ministre associé aux Finances.»

    Pour Frédéric Boily, le plus important était d’avoir quelqu’un de l’Alberta au Cabinet. «Même si les ministres sont moins importants que par le passé, c’était une anomalie [dans le Cabinet précédent] de ne pas avoir mis un ministre de l’Alberta ni de la Saskatchewan. Au moins, de ce point de vue, les libéraux sont dans une position moins précaire.»

    Il note qu’avec la récente élection du maire Amarjeet Sohi à Edmonton, ancien ministre libéral sous Trudeau — d’abord des Infrastructures, puis des Ressources naturelles — «ça fait un noyau intéressant pour le Parti libéral en Alberta».

    La promotion de la Franco-Ontarienne Mona Fortier au Conseil du Trésor est une autre «excellente nouvelle» pour les francophones, affirme Stéphanie Chouinard.

    «Le Conseil du Trésor est souvent un ministère qu’on oublie, car il reste peu connu de la population canadienne. Cependant, c’est un ministère extrêmement important, car il [est au centre] de la mécanique interne de l’État canadien. C’est un endroit où on s’assure de l’application horizontale des priorités en matière de langues officielles au sein des différents ministères», explique-t-elle.

    Côté québécois, Frédéric Boily estime que Pablo Rodriguez à Patrimoine canadien est un meilleur choix que son prédécesseur, Steven Guilbeault.

    «Le dossier de la Loi sur la radiodiffusion et les géants du Web a mal été piloté par Steven Guilbeault. Cela a plus de sens qu’il soit maintenant à l’Environnement, on s’attend à ce qu’il soit beaucoup plus en maitrise. Mais est-ce que son passé d’activiste va lui nuire dans certaines régions du pays, comme en Alberta?» s’interroge le politologue.

    Selon lui, la présence de Jonathan Wilkinson aux Ressources naturelles pourrait l’aider à arrondir les angles avec les gouvernements conservateurs comme celui de Jason Kenney, notamment sur les questions d’hydrogène et le secteur énergétique.

    Sous le feu des critiques de l’opposition

    Les deux visages de l’opposition ont réagi hier: Jagmeet Singh et Erin O’Toole ont écorché le nouveau Cabinet, glissant au passage leur analyse du bilan de Justin Trudeau.

    Le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, s’est exprimé dans une déclaration sur «l’inexpérience» des nouveaux ministres.

    Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a pour sa part indiqué en conférence de presse «ne pas avoir spécialement d’intérêt pour ce qui est des changements au Cabinet».

    Il a tout de même mis en lumière trois enjeux qui touchent le nouveau Cabinet. D’abord, l’échéance du vendredi 29 octobre, où l’on saura si le gouvernement fera appel de la décision de la Cour fédérale qui a débouté Ottawa il y a près d’un mois, relativement à l’indemnisation des enfants autochtones survivants des pensionnats.

    En conférence de presse hier, Justin Trudeau n’a pas voulu répondre à la question d’une journaliste à ce sujet.

    Le chef du NPD a aussi exigé de «voir un changement immédiat à la Défense nationale», qui prendra en compte les recommandations clés du rapport Deschamps sur l’inconduite sexuelle et le harcèlement sexuel dans les Forces armées canadiennes. L’ancienne ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand, récupère le ministère de la Défense nationale alors que son prédécesseur, Harjit Sajjan, a été fustigué pour sa gestion jugée inadéquate du dossier.

    L’autre attente de Jagmeet Singh est la prise «de mesures concrètes» sur le climat lors de la COP26, qui se tiendra à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre. Steven Guilbeaut y sera à titre de nouveau ministre de l’Environnement.

  • Justin Trudeau nomme cinq ministres issus de la francophonie canadienne

    Justin Trudeau nomme cinq ministres issus de la francophonie canadienne

    Les ministres francophones en situation minoritaire

    Le portefeuille des langues officielles a été remis à Ginette Petitpas Taylor, députée de Moncton-Riverview-Dieppe, au Nouveau-Brunswick. Elle devient aussi ministre de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA).

    Élue pour la première fois en 2015, elle succède à Mélanie Joly aux langues officielles. Cette dernière obtient le ministère des Affaires étrangères, une promotion pour celle qui remplace Marc Garneau.

    C’est un retour au Conseil des ministres pour Ginette Petitpas Taylor, qui a été ministre de la Santé en 2017 et s’est retrouvée sans ministère à la suite des élections de 2019.

    Toujours au Nouveau-Brunswick, le député de Beauséjour, Dominic LeBlanc, devient ministre des Affaires intergouvernementales, de l’Infrastructure et des Collectivités. Il conserve ainsi son premier portefeuille, qu’il gère depuis aout 2020, auquel s’ajoute celui de l’Infrastructure et des Collectivités. Il est député fédéral depuis 2004.

    La Franco-Ontarienne Mona Fortier, députée d’Ottawa-Vanier depuis 2019, devient présidente du Conseil du Trésor. Elle occupait le poste de ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances dans le dernier cabinet.

    Le Franco-Albertain Randy Boissonnault, député d’Edmonton-Centre depuis 2015, fait son entrée au Cabinet de Justin Trudeau en devenant ministre du Tourisme et ministre associé des Finances.

    Le député manitobain de Saint-Boniface-Saint-Vital, Dan Vandal, voit son mandat bonifié : il occupait déjà le rôle de ministre des Affaires du Nord au dernier Cabinet, auquel s’ajoutent les rôles de ministre responsable de Développement économique Canada pour les Prairies et ministre responsable de l’Agence canadienne de développement économique du Nord (CarNor).

    Les autres ministères d’importance

    Le ministère du Patrimoine canadien est repris par Pablo Rodriguez, poste qu’il a occupé en 2018-2019. Le député d’Honoré-Mercier, au Québec, a entretemps été membre du Bureau de régie interne et leadeur du gouvernement à la Chambre des communes.

    Le portefeuille de l’immigration est repris par le Néoécossais Sean Fraser, qui fait son entrée au Conseil des ministres. Le député anglophone de Nova-Centre, en Nouvelle-Écosse, a été Secrétaire parlementaire de la ministre de l’Environnement et du Changement climatique en 2018-2019, puis de la ministre des Finances et de la ministre de la Prospérité de la classe moyenne. Il succède à Marco Mendicino, qui devient ministre de la Sécurité publique.

    La députée d’Oakville en Ontario, Anita Anand, jusqu’ici ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, a reçu une promotion et sera désormais chargée de la Défense nationale. Vu les nombreux scandales d’agressions sexuelles qui ont visé plusieurs hauts gradés des Forces canadiennes, les rumeurs couraient depuis un moment qu’une femme prendrait la tête de ce ministère. Elle est la deuxième femme à occuper ce ministère, la première étant Kim Campbell en 1993.

    Les exclus du Cabinet

    Jim Carr, député de Winnipeg–Centre-Sud depuis 2015, occupait le poste de Représentant spécial pour les prairies. Il s’est vu retirer cette fonction.

    Bardish Chagger, députée de Waterloo en Ontario depuis 2015, était ministre de la Diversité et de l’Inclusion et de la Jeunesse depuis 2019, un poste qu’occupera désormais Ahmad Hussen. Elle a été ministre de la Petite Entreprise et du Tourisme entre 2015 et 2018, puis leadeure du gouvernement à la Chambre des communes, et enfin membre du Bureau de régie interne de 2016 à 2019.

    Le troisième et dernier ministre exclu du Cabinet est le Québécois Marc Garneau, député de Notre-Dame-de-Grâce–Westmount. Il était ministre des Affaires étrangères depuis janvier 2021. Auparavant, il a occupé les postes de ministre des Transports entre 2015 et 2021 et de leadeur à la Chambre du Parti libéral de 2011 à 2012.

    En tout, l’Ontario compte 16 ministres fédéraux et le Québec en compte dix. Les régions de l’Ouest et de l’Atlantique seront chacune représentées par six ministres fédéraux.

    Avec les informations de Guillaume Deschênes-Thériault et Mélanie Tremblay.

  • Up and down: l’aller-retour qui ne veut pas mourir à Tracadie

    Up and down: l’aller-retour qui ne veut pas mourir à Tracadie

    Plusieurs fois par semaine, en particulier le weekend ces dernières années, des véhicules font des allers-retours sur une section de 1,5 kilomètre de la rue Principale de Tracadie. D’autres «participants» se stationnent le long du parcours pour regarder la parade et socialiser.

    «Je suis arrivé à Tracadie en l’an 2000. La première chose qu’on m’a emmené faire, c’était une soirée Up and down», se souvient Chris LeBlanc, cinéaste originaire de Memramcook, près de Moncton, qui a participé à la production du documentaire de 2010 sur le phénomène.

    «À l’époque, la population de Tracadie augmentait de 20 à 30% [pendant les Up and down].  Ça roulait bumper to bumper, puis je voyais du monde stationné qui se parlaient entre chars. J’avais jamais vu ça de ma vie!» se remémore Chris LeBlanc.

    «Un drive-in du trafic»

    Pour apprendre ce qu’est le Up and down et pour comprendre ce qui motive les «upandowners», il faut bien sûr le vivre. À bord de sa Bricklin verte, une voiture sport fabriquée au Nouveau-Brunswick entre 1974 et 1976, Chris LeBlanc me fait vivre l’expérience.

    «Alors on est samedi après le souper. On fait notre premier tour. Il y a déjà des chars stationnés. Il y a des dialogues entre les chars. Là, il y en a un qui dit à l’autre qu’il drive mal. Là, il y a des jeunes qui sont là. Il y a un rat rod qui va haler les yeux [attirer les regards, NDLR]», narre le cinéaste.

    «À la droite, c’est le Superstore. Tout le monde qui est stationné là, ils sont pas au Superstore; ils se jasent entre les chars! C’est comme un drive-in. Un drive-in du trafic.»

    On retrouve ce phénomène un peu partout à travers le monde : des gens qui se promènent en ville avec leur voiture, pour voir et se faire voir, qui se stationnent à côté d’un ami pour jaser. Mais à Tracadie, le tout a pris des proportions beaucoup plus grandes, en raison de plusieurs facteurs.

    Une région propice au phénomène

    À la fin des années 1960, début 1970, l’automobile prend de plus en plus de place dans les villes, petites ou grandes. À Tracadie se développe une vie nocturne sans pareille dans la région ; c’est l’endroit où il faut sortir dans la Péninsule acadienne, et qui attire des gens de l’extérieur de la région.

    «Faut comprendre que Tracadie, à l’époque, c’était la troisième place à aller fêter au Nouveau-Brunswick, après Saint-Jean et Moncton. On avait autant de bars par personne qu’à Moncton», explique le sociologue et chercheur Gilbert McLaughlin, également conseiller municipal à Tracadie.

    «On faisait ça toute la soirée! Des fois quatre, cinq heures en ligne», se souvient Thierry Robichaud, natif de Sainte-Rose, une localité à une quinzaine de kilomètres au nord de Tracadie.

    Il est devenu adepte du Up and down dès qu’il a eu son permis de conduire, à l’âge de 16 ans : «Quand t’es jeune, t’as rien que ça à faire!»

    François McGraw était adolescent dans les années 1970. Il venait d’une famille de 17 enfants. Il se rappelle que lors des Up and down, les véhicules «n’avançaient pas» tellement la circulation était dense. «On marchait dans la rue en même temps que le trafic.»

    L’aménagement du centre-ville de Tracadie se prête aussi à merveille au Up and down : un petit centre-ville concentré et beaucoup de stationnements qui donnent directement sur la rue. Les espaces de stationnement sont perpendiculaires à la rue et les véhicules y font donc face. Les gens vont se chercher un lunch ou un café et s’installent. Un ami vient se stationner à côté de la Bricklin de Chris LeBlanc.

    Une dynamique particulière se dessine : «Ils peuvent être trois ou quatre chars côte à côte pour pouvoir se parler entre eux, précise Chris LeBlanc. C’était toujours hommes-hommes, femmes-femmes. Donc, un couple dans un char, les autres chars vont se stationner pour que l’homme soit en face de l’homme et la femme en face de la femme.»

    Plusieurs participants vont faire plusieurs allers-retours, se stationner un moment, puis refaire le même enchaînement, parfois à plusieurs reprises. Il y a donc une phase «acteur» et une phase «spectateur».

    Selon Chris LeBlanc, c’est un véritable Facebook de rue «parce que tu regardes dans une vitrine, c’est comme un écran à côté de toi».

    Une fierté et un facteur identitaire

    «C’est vraiment une activité de socialisation parce que, quand on y pense, il n’y en a pas tant que ça dans les petites villes, fait remarquer Gilbert McLaughlin. Pas de grands matchs de hockey ou de grands événements culturels non plus. La messe a pris le bord.»

    En 2015, alors qu’il fréquentait l’Université de Moncton, le sociologue et son collègue Christophe Traisnel ont mené une étude sur le phénomène : Le Up and down de Tracadie-Sheila, Nouveau-Brunswick. Un rituel automobile au cœur de la ville.

    «Ce qui est intéressant, c’est qu’on a donné un nom [au rituel]», souligne le chercheur. Il ajoute que ce nom – anglophone – a déjà suscité des commentaires négatifs dans la communauté très fortement francophone.

    Malgré cela, bien des gens de Tracadie s’identifient au Up and down et en tirent une certaine fierté, selon Gilbert McLaughlin.

    «Il y a eu une espèce de réappropriation culturelle, politique et sociale, en voulant y voir une tradition, dit-il. Si tu parles aux gens, ils vont te dire ç’a toujours existé : on le faisait en cheval, le Up and down! Ç’a tout le temps été là.»

    Le déclin… mais pas la mort

    Le Up and down a subi deux coups majeurs qui ont provoqué son déclin. Le premier fut la dénatalité et l’exode qui a durement frappé la Péninsule acadienne et tout le nord du Nouveau-Brunswick au profit des grandes villes du Sud.

    Puis, au début des années 2000, une route contournant complètement Tracadie a été construite. Auparavant, tous les véhicules qui passaient par la ville devaient emprunter la rue Principale, ce qui ajoutait des participants au Up and down, malgré eux.

    Chris LeBlanc identifie aussi que la police est devenue de plus en plus présente en raison, entre autres, des excès d’alcool. La problématique ne semble aujourd’hui plus aussi importante qu’autrefois.

    Cependant, l’attrait de faire la parade et de jaser avec un ami de voiture à voiture est toujours là. Un peu moins souvent par semaine, un peu moins intense que dans le passé, vers les années 2000. Le phénomène a connu des hauts et des bas, mais la tradition du Up and down se poursuit.

  • Group combats hoarding in Prescott-Russell

    Group combats hoarding in Prescott-Russell

    The Prescott-Russell Hoarding Response Coalition (PRHRC) is launching a campaign to prevent hoarding in Prescott-Russell households. The group began in 2012 when mental health, municipal services, and social services professionals came together to reduce hoarding in the region while considering the mental health challenges of affected individuals. They aim to prevent the negative consequences of hoarding such as fires and evictions. 

    The PRHRC will be distributing a bilingual factsheet called « 10 Steps to a Safer, Healthier, More Comfortable Home », which will be handed out alongside fire prevention campaigns conducted by the fire departments. The factsheet was made possible through HSJCC Stormont, Dundas, Glengarry, Prescott and Russell and Akwesasne, the Wellington Guelph Hoarding Network, and the Canadian Mental Health Association Champlain East. 

  • Les Lumber Kings mettent fin à la séquence victorieuse des Hawks

    Les Lumber Kings mettent fin à la séquence victorieuse des Hawks

    Les Hawks ont été les premiers à s’inscrire au pointage, vendredi dernier, lorsque Ryan Murphy a marqué son deuxième but de la saison sur des passes de Michael Andrews et de Curtiss Strugeon, alors qu’il restait 3:33 à jouer en première période. L’équipe locale est revenue à la charge quand William Gendron a marqué son premier but du match avec 35 secondes à jouer en deuxième période, aidé par Felix Sauvé et Rylee Hlusiak. Gendron en a remis en début de troisième période lorsqu’il est parvenu à déjouer Joe Chambers, le gardien des Canadians, pour marquer son deuxième but du match sur des passes de Josh Spratt et Hlusiak. Malheureusement pour les Hawks, Reid Oliver a réussi à voler le jeu blanc de Max Donoso avec cinq minutes à jouer en troisième période, en marquant le seul but des siens sur des passes de Brandon Walker et de Derek Hamilton. 

    Blanchis par les Lumber Kings

    Les Hawks avaient le vent dans les voiles après leur victoire aux dépens des Canadians, forts d’une séquence victorieuse de huit matchs. Toutefois, les Lumber Kings les attendaient de pied ferme en première période, déterminés à mettre un terme aux succès des Hawks. À peine trois minutes s’étaient écoulées quand Gabe Malek a brisé la glace, inscrivant son premier but du match sur des passes de Jack Stockfish et de Nathan Duck. Sawyer Prokopetz en a remis dix minutes plus tard sur des passes de Brady Egan et de Jesse Kirkby. Malek est revenu à la charge deux minutes plus tard en marquant son deuxième but du match sur des passes d’Egan et de Raphael Séguin. Après une deuxième période sans but, Joe Jordan a complété la marque des Lumber Kings au début du troisième engagement sur des passes de Zac Correia et de Kirkby. 

    Par ailleurs, les Hawks ont annoncé sur leur compte Twitter, dimanche, qu’ils ont échangé le défenseur Alessandro Del Peschio au Shamrock de West Island contre une redevance de perfectionnement des joueurs  (player development fee). 

  • Le conseil du GSLR examine la politique en matière d’aquaculture

    Le conseil du GSLR examine la politique en matière d’aquaculture

    Le conseil municipal de Grenville-sur-la-Rouge a adopté le projet de règlement numéro RU-945-09-2021, amendant le règlement de zonage RU-902-01-2015, pour se conformer au règlement 68-30-21 et ainsi régir l’usage d’aquaculture sur le territoire, au cours de la dernière séance ordinaire du conseil, le 5 octobre dernier.   

    Le règlement 68-30-21, adopté par la MRC d’Argenteuil le 22 juillet 2021 en réaction au Plan d’action ministériel pour l’industrie des pêches et de l’aquaculture commerciales du Québec 2018-2025, qui avait pour objectif de doubler la production aquacole du Québec d’ici 2025, vise à baliser les activités de pisciculture en zone agricole sur son territoire, en établissant des zones tampons pour y interdire la mise en place de nouvelles installations aquacoles. 

    Comme l’a fait valoir la MRC d’Argenteuil au moment de l’adoption du règlement 68-30-21: «L’industrie aquacole peut se déployer sur d’importantes installations d’élevage pouvant requérir de grandes superficies de sol arable. D’importantes capacités de production en un seul site nécessitent la proximité de rivières à grand débit afin de répondre aux exigences du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) pour les décharges d’eau. Ce type de production peut être associé à des problématiques environnementales s’il n’est pas localisé de manière à limiter les impacts sur les milieux hydriques existants et aussi sur les activités non agricoles avoisinantes.» 

    Le maire de Grenville-sur-la-Rouge, Tom Arnold, a indiqué lors de la dernière séance du conseil que la municipalité s’est conformée au règlement de la MRC par obligation, mais aussi parce qu’il estime que ce règlement serait un levier de négociation utile si jamais une entreprise avait l’ambition de pratiquer l’élevage de poissons sur la Rivière-Rouge ou sur la rivière des Outaouais. Ainsi, l’adoption du règlement permettrait à la municipalité de dicter les termes d’une entente éventuelle afin de mieux encadrer les impacts environnementaux néfastes de cette pratique. 

  • Quelle place pour les francophones au sein du prochain gouvernement?

    Quelle place pour les francophones au sein du prochain gouvernement?

    Lors de la dernière législature, trois députés issus des communautés francophones à l’extérieur du Québec occupaient un poste de ministre.

    Le retour au Cabinet de l’Acadien Dominic LeBlanc ne fait aucun doute. En plus de la position stratégique de ministre des Affaires intergouvernementales, qu’il occupe toujours au moins jusqu’à la prochaine assermentation, son influence à Ottawa provient de sa proximité avec le premier ministre, dont il est un ami d’enfance.

    À moins d’un revirement de situation, la Franco-Ontarienne Mona Fortier devrait sans doute également conserver une place au Cabinet. Il ne serait toutefois pas surprenant de la voir changer de fonctions, puisque la raison d’être du poste qu’elle occupait à titre de ministre de la Prospérité de la classe moyenne n’est pas devenue plus claire avec le temps.

    Le maintien en poste du Franco-Manitobain Dan Vandal est plus incertain. Il avait fait son entrée au Cabinet à la suite de l’élection de 2019, notamment en raison du fait que son collègue de Winnipeg, Jim Carr, avait dû prendre un congé de maladie pour traiter un cancer. M. Carr est depuis de retour au travail et pourrait bien être le représentant du Manitoba au Cabinet.

    De plus, M. Vandal occupait le poste de ministre des Affaires du Nord, un poste qui pourrait revenir au nouveau député du Yukon, Brendan Hanley. Celui-ci est l’ancien médecin hygiéniste en chef du territoire.

    De nouveaux venus au Cabinet ministériel?

    Avec le départ de Catherine McKenna de la vie politique, il y a la possibilité d’une nomination supplémentaire d’un député ou d’une députée de la région de la Capitale-Nationale.

    Il pourrait bien s’agir de la Franco-Ontarienne Marie-France Lalonde. En plus d’avoir une expérience ministérielle à l’échelle provinciale, elle a aussi pris du galon en mars 2021 en étant promue secrétaire parlementaire de la ministre du Développement économique et des Langues officielles.

    Le Franco-Albertain Randy Boissonnault est lui aussi en bonne posture pour faire son entrée au Cabinet, alors que seulement deux libéraux ont été élus dans sa province.

    Son collègue de Calgary Skyview, George Chahal, fait actuellement l’objet d’une enquête parce qu’il aurait remplacé un dépliant de son adversaire par le sien lors de la campagne.

    Du côté de la Nouvelle-Écosse, la question se pose à savoir qui de Sean Fraser ou Lena Diab sera le ou la prochain·e ministre issu·e de cette province à la suite de la défaite de Bernadette Jordan le mois dernier.

    L’arrivée au cabinet de Mme Diab, une nouvelle venue sur la scène fédérale, serait une bonne nouvelle pour les francophones, qui peuvent la considérer comme une alliée.

    Elle a occupé plusieurs fonctions ministérielles au niveau provincial, notamment celles de ministre des Affaires acadiennes et de la Francophonie, et de ministre de l’Immigration. C’est sous sa gouverne qu’a été élaboré le tout premier Plan d’action pour l’immigration francophone en Nouvelle-Écosse.

    L’avenir de la ministre Joly

    Même si plusieurs s’attendent à une promotion de la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, il est souhaitable qu’elle conserve ce second dossier pour le moment, en plus d’obtenir d’éventuelles nouvelles fonctions.

    Les libéraux se sont engagés à procéder dans les 100 premiers jours à la modernisation de la Loi sur les langues officielles. L’aboutissement de ce projet constituerait un important héritage politique pour Mélanie Joly, qui pilote ce dossier depuis ses débuts.

    La plateforme libérale prévoyait aussi d’appliquer en totalité les mesures législatives et administratives décrites dans le document de réforme déposé en février dernier. Celui-ci ouvre la voie à de multiples investissements dans le prochain Plan d’action pour les langues officielles.

    Dans ce contexte, avoir une ministre séniore qui a l’oreille du premier ministre serait un important atout.

    Possibilités de plusieurs candidatures francophones à la présidence de la Chambre

    En plus de l’assermentation du Cabinet, l’élection à la présidence de la Chambre des communes, qui se déroulera dès le retour des députés au Parlement, sera à surveiller.

    L’intérêt de cette course pour les communautés francophones est moins en raison de la position elle-même, qui requiert un devoir de réserve de la personne titulaire, mais plus pour la possibilité de voir plusieurs visages familiers poser leur candidature.

    Depuis 2019, cette fonction est occupée par le Franco-Ontarien Anthony Rota. Sa réélection n’est toutefois pas assurée, surtout en contexte de gouvernement minoritaire, où l’issue du scrutin est plus imprévisible. Il y a deux ans, M. Rota avait causé la surprise en défaisant le président sortant de la Chambre, Geoff Regan.

    La néodémocrate Carol Hughes pourrait également convoiter le poste. Cette Franco-Ontarienne s’était portée candidate en 2019. Du fait du nombre limité de sièges détenus par son parti, ses chances de l’emporter seraient toutefois plutôt minces.

    Enfin, avant le début de la dernière législature, l’Acadien du Nouveau-Brunswick René Arseneault avait annoncé sa candidature à la présidence de la Chambre avant de finalement se désister de la course. Reste à avoir s’il a toujours un intérêt pour ce poste.

    D’autres députés à surveiller

    En 2019, la rétrogradation de l’ancienne ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, en avait surpris et déçu plus d’un en Acadie. Exclue du cabinet, elle s’était alors vu confier le rôle de whip adjointe du gouvernement, qu’elle avait déjà occupé au début de sa carrière politique en 2015. Reste à voir la place qu’occupera cette députée au potentiel sous-utilisé lors de la dernière législature.

    La composition du Comité permanent des langues officielles, qui étudiera le projet de modernisation de la LLO une fois qu’il sera redéposé en Chambre, est aussi d’intérêt.

    Des députés tels que Francis Drouin, Viviane Lapointe et Serge Cormier pourraient y apporter une contribution intéressante, tout comme le conservateur Chris d’Entremont.

    Il sera aussi pertinent de voir si le Franco-Ontarien Marc Serré et l’Acadien Darrell Samson conserveront un poste de secrétaire parlementaire dans la prochaine législature et si d’autres francophones les joindront.

    Enfin, il sera intéressant de voir les responsabilités qui seront confiées à la nouvelle élue franco-ontarienne Arielle Kayabaga. Arrivée au Canada durant l’enfance à titre de réfugiée, son élection est à souligner comme une avancée pour la représentativité des personnes d’origine immigrante issues des communautés francophones.

  • Hors Québec, lire en français reste un défi

    Hors Québec, lire en français reste un défi

    Imprimés aux quatre coins du pays, certains arrivent dans des maisons du Yukon, s’allongent sur des tables de chevet en Ontario, entrent dans des lits étrangers au Manitoba; d’autres trouvent refuge dans des bibliothèques de Colombie-Britannique ou remplissent des étagères de librairies au Nouveau-Brunswick. Les livres font intrinsèquement partie de la vie culturelle du pays.

    Accéder à cette richesse dans sa langue maternelle n’est pas pour autant à la portée de tous les Canadiens. Les francophones en milieu minoritaire ne peuvent pas toujours stimuler leur imaginaire et voyager dans la langue intime qu’ils parlent depuis leur naissance.

    «Trouver des livres en français hors Québec est difficile, en particulier dans les communautés les plus isolées», confirme Isabelle Carignan, professeure en didactique du français à l’Université TÉLUQ et professeure associée à l’Université Laurentienne. 

    «L’accès est encore plus difficile si l’on veut des ouvrages qui reflètent les réalités locales et les différentes variétés de langues. Les francophones finissent par lire en anglais», renchérit Hélène Carrier, présidente de l’Association des bibliothèques francophones de l’Ontario (ABO-Franco) et bibliothécaire universitaire associée à l’Université d’Ottawa.

    Le numérique, un couteau à double tranchant

    Benoit Doyon-Gosselin, professeur de littérature à l’Université de Moncton, se montre plus optimiste: «Des obstacles persistent, mais grâce à Internet, il n’a jamais été aussi facile d’obtenir des ressources en français, de commander en ligne.»

    Le chercheur évoque notamment la Bibliothèque des Amériques, un site entièrement gratuit qui permet aux lecteurs inscrits d’emprunter plus de 15 000 livres numériques.

    Si Internet a contribué à démocratiser l’accès aux livres en français, il a toutefois mis à mal les ventes des librairies francophones indépendantes. «Certaines ont dû fermer, obligeant leurs clients à se tourner vers des chaines de librairies dont les rayons comptent principalement des œuvres en anglais», déplore Isabelle Carignan, qui parle d’«une mare de culture anglophone».

    «Il n’y a souvent qu’une section en français, très pauvre, avec de la littérature de mauvaise qualité, de piètres traductions», ajoute-t-elle.

    L’état déplorable des collections publiques 

    La principale porte d’entrée vers les livres en français demeure les bibliothèques publiques. «Avec leur remarquable réseau desservant toutes les communautés, y compris les plus petites où il n’y a pas de bassin pour une librairie indépendante, elles peuvent faire la différence», affirme Hélène Carrier.

    «Elles représentent un accès gratuit à la culture francophone», abonde Isabelle Carignan.

    Mais là encore, les ouvrages en français sont réduits à la portion congrue. Les résultats préliminaires d’une étude pancanadienne — pas encore publiée — confirme l’état déplorable des collections francophones dans les bibliothèques publiques hors Québec.

    Pour l’instant, 80 établissements ont participé à cette recherche menée par l’Université d’Ottawa, en partenariat avec le Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta et l’Université de Toronto. Tous se disent insatisfaits de leur collection en français, cantonnée à de vieux livres, à des ouvrages scolaires et à des traductions, et marquée par l’absence d’auteurs francophones locaux.

    «La plupart des bibliothécaires interrogés ont répondu en anglais, souligne Hélène Carrier, coautrice de l’étude. Faute de maitriser le français, ils ne connaissent pas le monde de la francophonie et ne sont pas en mesure de faire des choix ciblés et pertinents pour alimenter leur catalogue.»

    Le livre numérique n’est pas mieux loti ; de nombreuses bibliothèques de l’Ouest canadien qui ont répondu à l’enquête n’offrent même pas de plateforme électronique en français. 

    Des budgets insuffisants

    Afin de favoriser le développement des collections en français, un réseau national de bibliothèques en milieu minoritaire a été mis sur pied en 2019 sous l’égide de Bibliothèque et Archives Canada. Ce réseau compte présentement 10 bibliothèques à travers le Canada, mais ne s’étend pas à l’ensemble des provinces et territoires.

    Aux yeux d’Hélène Carrier, l’accès à des livres en français de qualité partout au pays passe aussi par la création de davantage de postes de bibliothécaires bilingues, afin d’être en mesure de répondre aux besoins culturels des communautés francophones.

    Les maigres budgets disponibles constituent cependant un obstacle. Les livres, notamment les albums jeunesse, coutent cher. «Il y a un manque de volonté politique chez certaines provinces et municipalités qui assurent le financement des bibliothèques», dénonce Benoit Doyon-Gosselin.

    Une fois les livres en français achetés, il s’agit aussi de les mettre en valeur, ce qui n’est pas gagné d’avance.

    Hélène Carrier prend l’exemple du réseau des bibliothèques publiques de Toronto qui, en janvier 2020, avait décidé de retirer de ses tablettes des milliers d’ouvrages en français au motif qu’ils n’étaient pas empruntés.

    «S’il n’y a pas de programmation d’évènements, si on ne fait pas venir des auteurs pour parler de leurs œuvres, c’est certain que ça ne peut pas fonctionner», analyse la bibliothécaire de l’Université d’Ottawa.

    Faire vivre le livre à la maison

    Enfin, l’expérience littéraire doit également être favorisée dès le plus jeune âge – à l’école, mais aussi bien avant ça, à la maison avec les parents.

    «Il est essentiel de développer le gout pour la lecture chez les plus petits. Le plaisir doit être le maitre-mot : lire ne doit pas se faire dans une recherche d’utilité ou d’apprentissage immédiat», plaide Benoit Doyon-Gosselin.

    «Ce n’est pas seulement une question de nombres de livres à la maison, poursuit Isabelle Carignan. Ils ne doivent pas rester dans la bibliothèque comme une plante verte! Il faut les faire vivre, instaurer des périodes quotidiennes de lecture en famille.»

    L’idée est de lire avec les tout-petits et non pas aux tout-petits. Ce «avec» est crucial, car il permet de voir l’enfant comme un lecteur, dès ses premiers mois.

    L’enjeu est aussi celui de la formation des parents, qui ne sentent pas toujours légitimes et compétents. «Beaucoup pensent qu’il aurait fallu être très bon élève ou parler parfaitement français pour être capable de lire à leur enfant, révèle Isabelle Carignan. Il faut leur redonner confiance, les aider à choisir des œuvres jeunesse de qualité et leur montrer que la lecture d’albums est à la portée de tous.»

    Dans ce contexte, les activités communautaires organisées par les bibliothèques, type clubs de lecture, heure du conte ou ateliers de poésie, ont un rôle crucial à jouer. Des occasions uniques, selon Hélène Carrier, de rassembler la communauté autour du livre, et de faire comprendre aux familles, exogames notamment, l’importance de lire en français.